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Opinion

"Nous sommes des créateurs de bonheur"

Par Catherine HEURTEBISE, 14/09/2011

Hugues Cazenave, publie un livre sur la " Guerre des sondages ". Un sujet polémique en période pré-présidentielles mais le président d'OpinionWay veut surtout décrypter et défendre son métier. Entretien.

- Votre livre sort huit mois avant les Présidentielles, c’est un lancement calculé ?
Hugues Cazenave : Pas du tout. Je m’intéresse aux sondages politiques depuis toujours et je porte ce livre depuis longtemps. Il m’a paru important de mieux faire connaître les sondages mais aussi de faire comprendre à quoi ils servent et quel pourrait être leur évolution. D’autant plus que la profession est en attente de la proposition de loi sur l’encadrement législatif des sondages politiques. Adoptée au Sénat, cette proposition est inscrite à l’Assemblée mais elle n’est toujours pas prévue car je pense que ce n’est pas une priorité. Il y a un décalage entre la médiatisation des sondages politiques et la réalité.


- Dans votre ouvrage, vous êtes d’accord avec certains points de la proposition de la loi votée au Sénat ?
H.C. : Je ne suis pas entièrement opposé à cette proposition de loi. Je suis notamment d’accord sur la publication des résultats bruts. Contrairement à certains de mes confrères, je pense que si les Français exigent la transparence dans les sondages, il faut les satisfaire, même si nous savons, nous professionnels, que les résultats « redressés » sont plus précis. Ouvrir la boîte noire est positif. C’est prouver qu’il n’y a rien à cacher. Nous sommes le pays où les sondages politiques sont les plus réglementés et nous continuons à polémiquer. La relation entre les Français et les sondages politiques n’est pas saine. Je pense que nous avons pêché par manque de transparence. Prenons l’exemple du nucléaire : cela ne sert à rien de dire que tout est bien, il faut expliquer le pour et le contre.


- Vous critiquez le manque de cohésion dans la profession des sondages politiques, pourquoi ?

H.C. : Nous avons, en France, des instituts qui sont les meilleurs au monde (Ipsos et TNS Sofres, même si ces derniers sont passés sous pavillon britannique !) et nous avons tendance à vouloir casser le jouet. Contrairement à d’autres professions, nous ne sommes pas solidaires. Quand un institut – OpinionWay en 2009, Harris Interactive cette année – est accusé, certains confrères et le Syntec (dont le rôle devrait être plutôt de défendre la profession) attisent la polémique. C’est ridicule et peu sympathique. Ce manque de solidarité peut s’expliquer par la concurrence exacerbée sur les sondages politiques. Au départ, le marché ne comprenait que cinq instituts : Ipsos, Sofres, Ifop, BVA et CSA. Ensuite, nous sommes arrivés avec d’autres, Louis Harris, Viavoice…Ce qui fait beaucoup pour un petit marché.

- Le chiffre d’affaires des sondages est faible. Est-ce rentable pour un institut ?
H.C. : Les sondages d’opinion en général représentent environ 5% du chiffre d’affaires d’un institut mais les sondages politiques publiés à peine 1%. La rentabilité n’est pas forcément moindre que pour les études marketing car, sur les sondages publiés par les médias, il y a de plus en plus des « sponsors », compte tenu des difficultés économiques des médias. De plus, les sondages sont en majorité des études légères et donc moins chères que les études marketing.

- Et si les sondages n’existaient pas ?
H.C. Il faudrait les inventer ou les réinventer. Je fais en conclusion un petit exercice de politique fiction : je pense qu’il serait néfaste de supprimer les sondages politiques car nous aidons à choisir les meilleurs candidats puisque nous réintroduisons le citoyen dans le choix. De même, entre deux élections, si nous ne publiions pas de sondage, nous ne saurions pas si les citoyens sont contents de leur président et de leurs politiques en général. Nous lançons la semaine prochaine les premiers sondages politiques pour les élections en Tunisie. Du temps de Ben Ali, ils étaient interdits. Comme ils le sont encore au Maroc. C’est un signe extérieur de démocratie.

Sondages politiques ou études marketing ? Votre cœur balance-t-il ?
H.C. : J’aime autant les sondages politiques que les études marketing. Le lien, c’est que l’on demande l’avis des gens, Pour un nouveau produit, les études permettent de répondre exactement aux attentes des consommateurs, pour un parti ou homme politique, on répond aux attentes citoyennes. Les sondages ne font qu’objectiver ce que les citoyens attendent. Nous sommes des créateurs de bonheur ou, pour être plus modestes, des facilitateurs entre l’offre (politique ou marketing) et la demande (citoyen ou consommateur). C’est un petit rôle mais important. Un pays sans sondage, c’est la prime aux sortants, aux positions acquises et au conservatisme.

"La guerre des sondages. Et si les sondages n'existaient pas ?" par  Hugues Cazenave , Éditions Michalon, septembre 2011

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