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«Consoglobe doit devenir le guichet d'accès unique de la consommation éthique»

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JEAN-MARIE BOUCHER PRESSENTAIT L'AVENEMENT DE LA CONSOMMATION DURABLE ET RESPONSABLE. DYNAMISE PAR INTERNET ET LA DEMOCRATISATION DES APPLICATIONS 2.0, LE SHOPPING ETHIQUE DISPOSE A PRESENT D'UN PORTAIL DE REFERENCE. LES COULISSES DE CONSOGLOBE PAR SON COFONDATEUR.

Pouvez-vous nous présenter Consoglobe et nous résumer ses ambitions?

Jean-Marie Boucher: Consoglobe est un portail consacré à toutes les formes de consommation éthique et responsable qui fédère en son sein plusieurs sites - Achatducoeur, Consorecup, Consoccasions, Digitroc - et des services, tels qu'un guide des produits malins et responsables et un annuaire des entreprises développant une activité durable. Chacune de ces briques a vocation à apporter des réponses simples et claires à toutes les questions que peuvent se poser les citoyens en matière de consommation durable ou de protection de F environnement. Quant à l'ambition, elle est de faire de Consoglobe la référence du marché de la consommation durable dans toutes ses composantes, depuis l'information jusqu'au shopping.

Ethique, citoyenne, responsable, équitable, durable etc. Laquelle de ces définitions identifie le mieux le positionnement de Consogloble?

Chacune de ces formes de consommation correspond en fait à une partie ou à un aspect de la consommation soucieuse de l'environnement. Consoglobe entend les couvrir toutes. Mais, s'il n'y en avait qu'une seule à retenir, disons que ce serait la consommation éthique et généreuse dont l'équitable est l'une des formes.

Quelles sont les composantes essentielles du portail?

Le concept central est celui d'un portail média proposant des contenus d'information ciblée sur l'ensemble des thématiques du durable. Il fédère une communauté de près de 400000 membres inscrits, un espace de shopping humanitaire (Achatducoeur), permettant de faire des dons à des ONG sans aucun surcoût, et toutes sortes de services pour les particuliers et les entreprises. Le pionnier est Digitroc, un site C to C d'échange de DVD. Le dernier-né, Consorecup, propose de donner gratuitement les objets dont on souhaite se débarrasser au lieu de les jeter. Sous peu, aussi, un service de petites annonces, auquel s'ajoutent un annuaire référençant les entreprises qui développent une offre éthique, plus un guide du développement durable où sont présentées les marques du commerce équitable, bio, vertes, etc. L'ensemble de ces espaces sont proposés en accès gratuit même s'ils intègrent tous des services premium payants, mais à des tarifs dérisoires. C'est par ce biais que nous collectons des fonds dont une partie est ensuite reversée à des ONG.

Comment a germé l'idée de ce projet?

L'idée était latente dès le lancement de Digitroc et d'Achatducoeur, fin 2005. En fait, la volonté d'offrir une vision claire de toutes les formes de consommation éthiques s'est affinée entre ces deux lancements, grâce, en partie, au comportement des internautes qui, à travers leurs questions, ont contribué à nous indiquer la voie. Puis, très vite, nous avons senti le besoin de regrouper ces offres au sein d'un ensemble cohérent qui fonctionnerait comme un guichet d'accès global à l'ensemble de ces services. C'est ainsi qu'est né Consoglobe en mai 2006. Progressivement, nous superposons de nouvelles briques à cet édifice qui ne cesse de s'étoffer.

@ Marc Bertrand

Parcours

1987-1989 diplôme de Sciences-Po et MBA HEC-ISA
1990-1993 responsable marketing du Midi Libre
1993-1996 directeur général Nouvelles Technologies des NMPP
1997-1998 General Manager de BDDP Interactive
1998-1999 cofondateur d'Orange Art (Web Agency)
1999-2004 directeur commerce électronique de La Redoute (PPR)
2004-2005 directeur Web et VPC de Harrods
2005 cofondateur avec Jérémie Engel de Consoglobe

Quelles sont les principales sources de revenus du site?

Le modèle économique repose, pour l'essentiel, sur des recettes publicitaires et marketing, soit de la monétisation de l'audience du portail. Cela va de la vente d'espace publicitaire au montage d'opérations de marketing ciblées, à la visibilité par référencement, aux opérations de buzz marketing. Bref, tout ce qui se fait habituellement on line, sachant que, à mesure que l'audience se consolide, l'offre se diversifie. Les autres sources de revenus, encore marginales, sont représentées par les services premium payants. Une partie de ces recettes est ensuite reversée aux ONG partenaires du site, mais c'est totalement transparent pour le consommateur. Sur Conso globe, il retrouve les marques courantes - Camif, Redoute, Quelle, Teleshopping, ChateauOnline, Leroy Merlin. . . -, leurs produits y sont référencés sans aucune majoration de prix car c'est sur le coût au clic que Consoglobe prélève une rémunération pour les associations Humanitaires.

Du charity business en somme?

@ Marc Bertrand

Pas tout à fait, cette définition est réductrice. L'idée n'est pas de forcer la générosité des consommateurs mais de créer les conditions d'une culture de la consommation responsable dont la générosité est une des caractéristiques, mais pas le levier essentiel. En fait, ce que nous observons, c'est qu'une grande majorité veut consommer différemment afin de préserver l'environnement. Tous sont friands d'informations sur les moyens d'acheter mieux, c'est-à-dire, plus malin et moins cher. Autre constat: la plupart d'entre eux ignorent où repérer ce type de produits, une majorité de marques de référence dans ce domaine sont d'ailleurs méconnues du public alors que la demande, elle, est bien réelle et en pleine effervescence.

De quelles données dispose-t-on pour évaluer le potentiel du marché de la consommation durable ou éthique sur l'Hexagone?

Plusieurs études très récentes montrent des résultats tout à fait encourageants.

Far exemple, selon une étude d ipsos, 50 % des Français se disent prêts à acheter «responsable».

De son côté, l'enquête «Spécial éthique» de 60 millions de consommateurs révèle que nous serions 80 % à accepter de payer plus cher pour des produits éthiques, ou encore, 87 % à changer de magasin si celui-ci ne respecte pas le droit du travail. Plus de 50 % de nos compatriotes ont d'ailleurs réellement boycotté des marques qui ne respectaient pas les droits des enfants ou les droits sociaux. Enfin, une étude Ethicity nous apprend que 77 % des Français considèrent que consommer responsable, c'est consommer mieux.

Attribuez-vous à Internet les principales raisons de l'engouement actuel pour le durable?

Il est évident qu'Internet agit comme un accélérateur de ce mouvement, qui va s'intensifiant davantage avec les usages dits 2.0, fortement axes sur les communautés, les valeurs de partage et de solidarité. Autre explication concomitante à l'explosion des usages web: la présence de produits éthiques dans les grandes surfaces de ventes qui explique que la culture du développement durable s'engage d'abord par le biais de l'alimentaire avant de toucher les autres catégories de produits.

Quels phénomènes consommatoires marquants avez-vous pu constater depuis le lancement?

Premièrement, nous sommes rassurés sur le fait que cette culture de l'éthique est bien une tendance lourde du marché global. Autre fait marquant, on s'aperçoit que le premier souci, tant côté consommateurs que côté marchands, c'est le respect de l'environnement. En témoignent très clairement les questions posées par nos utilisateurs et le type de produits recherchés ou encore les offres éthiques développées par les entreprises, y compris les plus polluantes, qui souhaitent se référencer sur Consoglobe. Il est intéressant de noter un impact évident de la demande fédérée par Consoglobe sur l'offre des marques courantes. Enfin, la visibilité exponentielle donnée par Internet contribue au développement de la notoriété de marques très spécialisées dans l'éthique qui, si elles n'étaient pas référencées sur Consoglobe, auraient bien du mal à trouver leur public. Derrière de nombreuses enseignes de cosmétique bio par exemple, il y a de toutes petites entreprises dont le portefeuille clients n'excède pas 10000 consommateurs. Sur Consoglobe, un seul e-mail diffusé auprès de notre base d'abonnés leur ouvre, en un tour de main, l'accès à dix fois plus de clients potentiels très qualifiés.

Quels sont vos critères d'éligibilité des entreprises, grandes ou petites, qui souhaitent s'offrir de la visibilité auprès du public de Consoglobe?

Toutes celles qui développent, même partiellement ou occasionnellement, une politique, un service ou des produits soucieux de l'environnement. A ce titre, même un pollueur notoire comme Total peut trouver sa place dans notre annuaire ou recourir à nos services pour s'offrir une campagne de marketing auprès de nos membres mais à condition que sa communication porte sur des activités, des produits ou des services éthiques. Une campagne de référencement pour une marque d'automobile particulièrement peu polluante serait tout à fait pertinente sur Consoglobe, au même titre que la Camif pour sa gamme de meubles «durables» parce que cette offre repose sur l'engagement de l'enseigne à contribuer au reboisement des forêts. Notre but n'est pas de faire de l'anticonsommation ni de culpabiliser les marques et les consommateurs. Pas de radicalisme, donc, mais pas, non plus, d'angélisme consommatoire. La vraie innovation du concept ne se situe pas dans le territoire du «durable» ou du «vert», mais dans le modèle de guichet unique offrant l'accès à toute une panoplie d'actions que peuvent accomplir les consommateurs responsables.

Le «durable» constitue aujourd'hui un puissant argument marketing. Comment garantissez-vous au consommateur la sincérité des renseignements fournis par les marques qui se référencent sur vos sites?

L'ambition de Consoglobe ne se satisfait pas de référencer des marques. Notre rôle premier est d'informer. L'information provenant de sources multiples, nous prenons soin de dissocier les renseignements issus de sources scientifiques, comme les études, de ceux émanant directement des entreprises. Enfin, un troisième niveau d'information est produit en interne par nos équipes éditoriales qui peuvent réagir à tout moment. Récemment, suite à une étude concluant à la toxicité des lessives, y compris celles dites écologiques, nous avons pris la parole en titrant notre article «La lessive propre n'existe pas». Mais l'article s'attachait aussi à informer sur les marques de lessives les moins toxiques.

Quel bilan faites-vous de vos résultats et quelles sont vos perspectives de croissance?

Nous fédérons près de 400 000 personnes inscrites à l'un de nos services et, d'ici la fin de l'année, nous devrions atteindre 500 000 membres. Il faut souligner toutefois la sur-représentation des femmes, 70 % contre 30 % d'hommes. Mieux représentés, aussi, les internautes avec un ou plus d'un enfant. Quant à la pyramide des âges, 31 % de nos membres ont moins de 35 ans, 34 % de 25-34 ans et 26 % de 35-49 ans. Enfin, mais ce n'est sans doute pas un hasard, nos inscrits sont majoritairement des e- acheteurs ou des habitués de la VAD. Côté audience, nous accueillons 370 000 visiteurs uniques mensuels sur l'ensemble des services, mais la croissance s'accélère fortement sur le bimestre novembre- décembre. D'ici à la fin de l'année, nous pensons atteindre 450 000 VU.

Côté marchands, nous fédérons plus de 130 partenaires, dont Ushuaia TV et la Camif pour partenaires officiels. Par la suite, nous ont rejoint Alter Eco, Sens et âmes, Alter Africa et Websolaire... Et nous en attendons beaucoup d'autres.

Consoglobe à la loupe

- Digitroc, site d échange C to C de produits culturels en accès gratuit
L'annuaire éthique référence les I'entreprises qui s'inscrivent dans un projet éthique
- Consorecup: service de dons d'objets
- Un guide de référencement des marques, enseignes et produits éthiques
- Achatducoeur: site de shopping humanitaire de produits éthiques
- A venir: un service de petites annonces sur des produits d'occasion. L'ensemble de ces services prévoit le reversement à des ONG d'une partie des recettes générées

Quels sont vos prochains chantiers et objectifs?

Pour soutenir l'accélération de notre développement, nous allons procéder à une première levée de fonds d'un million d'euros. Elle devrait être finalisée avant la fin de l'année, du moins je l'espère. Pour Noël, nous avons pris le parti de ne pas mettre les bouchées doubles en marketing car les consommateurs risquent d'être sursaturés. En revanche, nous préparons la quatrième édition de notre grand jeu concours multimarque qui va permettre aux participants de gagner des centaines de lots fournis par nos partenaires et de contribuer, comme toujours chez Consoglobe, à soutenir la cause d'associations humanitaires. L'opération devrait générer au moins 250000 recrutements pour les quatorze marques partenaires, pour des coûts d'acquisition client dérisoires, (0,1 à 0,8 centime d'euro le contact). Enfin, concernant nos objectifs, nous attendons une forte montée en puissance de l'audience et des activités B to B de Consoglobe courant 2007. D'après nos prévisions, nous devrions fédérer près de deux millions d'inscrits.

«Notre but n'est pas de faire de l'anti-consommation ni de culpabiliser les marques ou les consommateurs.»