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1 000 mercis

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En rendant hommage aux pionniers du Net à travers une vaste mosaïque de 1 000 portraits, l'artiste Pierre Maraval et Paul Klein ont, à leur manière, salué le travail de ces bâtisseurs qui sont à l'origine de la démocratisation d'Internet dans l'Hexagone.


En France, depuis un an, le sport national est de casser du sucre sur le dos des entrepreneurs du Web en général et des patrons de start-up en particulier. Que n'a-t-on pas dit sur ces aventuriers de la nouvelle économie qui, comme au temps du Far West, sont partis à l'assaut de l'Internet avec leurs rêves et leur enthousiasme comme seul bagage ? Idéalistes, intéressés, paranos, rongés par l'ambition, irresponsables... Rien ne leur a été épargné, la fièvre de la Bourse ayant parfois fait perdre à certains le sens de la mesure. N'ont-ils pas pourtant, chacun à leur manière, contribué à la démocratisation d'Internet ? Ne devrait-on retenir de leur engagement que les excès qui ont pu en découler ? Ne pourrait-on pas plutôt leur être gré d'avoir créer l'étincelle à l'origine de la flamme qui illumine aujourd'hui notre environnement social et économique ? Paul Klein en est, lui, persuadé. Et Pierre Maraval avec lui. A travers leur oeuvre Pionniers.net, les deux amis se sont fait les défenseurs de la cause des bâtisseurs du Web en redonnant à l'aventure de l'Internet, trop souvent limitée à des avancées technologiques, la dimension humaine qui lui a, jusque-là, fait tellement défaut. « L'idée a été de regrouper, sur un tableau de 125 m2, mille portraits de mille personnalités du Net, de toutes origines, hommes et femmes, investisseurs, travailleurs, chercheurs, artistes, professeurs ou simples internautes connus ou moins connus, issus de tous les horizons, tous témoins d'un monde en évolution », explique Paul Klein. Le monde de l'Internet, ce dernier le connaît plutôt bien pour l'avoir arpenté en long et en large deux ans durant au sein de la société Tableau de Bord (devenu audentiA). Mais cela ne signifie pas qu'il a lui-même sélectionné les 1 000 individus de la mosaïque. Comme pour les autres oeuvres de "la série des mille", la marque de fabrique de Pierre Maraval à qui l'on doit entre autres "Ideas" en 1993 (1 000 personnes engagées dans la lutte contre le sida), "1 000 artistes cubains" (1996), "1 000 sportifs cubains" (1997), "Marseille Mondial" (1 000 supporters de football pendant la Coupe du Monde 98), et "1 000 femmes cubaines" (1999), les personnes photographiées se choisissent entre elles sans que l'artiste n'intervienne. « Ce qui est intéressant, c'est le brassage qui naît de cette démarche, confie Pierre Maraval. Quoi de plus humain que des portraits et des visages. Chaque individu y est vu de façon autonome, mais aussi dans sa relation aux autres. Réunis, ils matérialisent l'idée. » Si l'Internet a beaucoup fait rêver, la période d'euphorie qu'il a traversée est maintenant passée. Aujourd'hui, il gagne en maturité et s'installe pour durer. Rendre hommage à ses pionniers, c'est reconnaître qu'il ne doit son succès qu'à ce que les hommes sont capables de lui insuffler. Ce qui fait dire à Paul Klein : « De même qu'une information n'a de valeur que si elle circule, le progrès n'a d'intérêt que s'il est partagé ». Le vernissage de Pionniers.net a eu lieu le 21 mai à l'Unesco, en présence de tout ce que la famille de l'Internet français compte de personnalités. Mais l'oeuvre a vocation à être vue par le grand public. Et l'objectif de Paul Klein et Pierre Maraval était de l'afficher sur un emplacement très fréquenté, comme l'esplanade de l'Hôtel de Ville de Paris, afin qu'elle soit contemplée de tout le monde. Car, s'il est légitime de saluer les pionniers du Net pour la passion et le temps qu'ils ont consacrés à la promotion d'Internet, il ne faut pas perdre de vue que se sont les internautes lambdas qui l'utilisent. Et il n'est pas sûr que beaucoup d'entre eux parviennent à mettre un nom ou un nom de site sur les portraits exposés. « Ce tableau, comme Internet, est une oeuvre commune. Chacun y est présenté au même niveau », insiste Pierre Maraval. Ce qui ne l'empêche pas de reconnaître que les problèmes d'ego subsistent. Pour preuve, la remarque indignée d'un fifre déçu de ne pas apparaître sur le tableau : « Sans moi cette oeuvre ne sera rien ». Il est sans doute préférable pour l'avenir de retenir un certain nombre de mots magiques que les personnalités ont été invitées à choisir pour illustrer leur vision de l'Internet et qui sont porteurs d'un message incontestablement plus sain : passion, découverte, amour, créer, liberté, magique, enthousiaste...