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Echec et Net

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Parti à la conquête du nouveau Far West Internet, Nicolas Riou, ex-fondateur du site unhomme.com, aura connu en moins d'un an la grandeur et la décadence de cet éphémère Eldorado. A travers son récit romanesque au titre ironique, "Comment j'ai foiré ma start-up"*, il trempe sa plume dans la plaie pour offrir le témoignage de sa fugace expérience d'entrepreunaute.


Début 2000, Nicolas Riou pensait tout avoir pour réussir sur Internet : un concept de site gagnant, une cible très tendance et un business model en béton, à ce point séduisant que cela en était presque déloyal pour la future concurrence. Happé par le vent de folie qui soufflait alors sur la nouvelle économie, il avait auparavant quitté sans regrets l'univers trop formaté de l'entreprise traditionnelle. Les yeux rivés sur les perspectives mirobolantes offertes par l'Internet, c'est aux côtés de Philippe Rambaud et d'Emmanuel Sérafini, ses ex-partenaires, qu'il a trouvé l'occasion rêvée de travailler différemment. « En pleine euphorie, pas un jour ne passait sans qu'un ami ne démissionne pour monter ou rejoindre une start-up », explique-t-il. A une époque où les Cassandre n'étaient pas légion, la question s'imposait, forcément évidente : « Pourquoi pas moi ? ». Dans le paysage des portails thématiques, les sites féminins avaient ouvert la voie et les levées de fonds qu'ils réalisaient étant parfois spectaculaires. A la lueur de ces exploits, il paraissait dès lors légitime de lancer un site consacré à l'univers masculin. Un temple de la "virilité positive" qui, à coup sûr, allait faire rêver tous les annonceurs. "Unhomme.com, un site pour les hommes, point barre". Telle était la ligne éditoriale du site. Un concept B to C capitalisant sur les internautes masculins et sur les grandes marques pour générer des revenus publicitaires. « Un concept à tel point porteur qu'il aurait dû être déclaré d'intérêt public ! », ironise Nicolas Riou, qui poursuit : « Pour fantaisiste qu'il puisse sembler aujourd'hui, ce modèle comptait déjà de nombreux exemples à succès, tels que TheMan aux Etats-Unis ou encore Newsfam, carrément porté au pinacle par la visite de Jacques Chirac dans ses locaux. » Et puis, faire cavalier seul sur un marché encore vierge de sites dédiés uniquement aux hommes semblait alors l'avantage clé à même d'appâter les investisseurs. En février 2000, le business plan est bouclé et l'objectif de rentabilité clairement identifié : fin 2002. Comme cela est d'usage dans le milieu du "Funky Business", commence alors l'épopée de la recherche de fonds auprès d'investisseurs : 25 millions de francs, pour commencer "légitimement". « Nous ignorions encore à quel point nos prévisions de chiffre d'affaires étaient biaisées. » D'autant plus brutal qu'inattendu, le retour de bâton d'avril 2001 n'a pas manqué de le lui rappeler. En cette saison morose, la descente aux enfers du Nasdaq n'a fait que commencer, mais la correction qu'elle inflige aux dotcoms est déjà sévère. Le B to C tombe en disgrâce et les investisseurs, devenus brusquement frileux, rechignent à financer des sites à modèle publicitaire. « Ce n'est qu'en juin que nous avons finalisé un premier tour de table pour un montant nettement inférieur à nos prétentions. » Les 4,5 MF décrochés signent néanmoins l'entrée officielle de Nicolas Riou et ses associés dans le monde merveilleux de la nouvelle économie. « Le plus dur était fait et le second tour nous apparaissait comme une formalité, évoque-t-il. La nouvelle dimension de l'homme véhiculée par notre site allait faire des ravages auprès des annonceurs. » Les premiers résultats sont d'ailleurs plutôt encourageants. Les 627 000 pages vues au cours du premier mois de mise en ligne semblent confirmer la validité du modèle... A un détail près : 80 % du trafic étaient générés par la rubrique Sexe ! Si Nicolas Riou pouvait alors encore se flatter de révéler "l'homme sensible qui ne renie pas sa dimension féminine" (ça c'est un positionnement !), ses illusions auront fait long feu. Tout comme la vie du site d'ailleurs. En mal d'investisseurs pour son deuxième tour de table, la start-up a poursuivi son chemin de croix auprès d'industriels dans l'espoir d'une reprise, avant de sombrer le vendredi 13 avril 2001, une date prémonitoire ! « Nous sommes arrivés trop tôt sur un marché encore immature », admet-il en résumant son échec. Une analyse passe-partout derrière laquelle se réfugient un peu trop facilement bon nombre d'ex-futures stars de la nouvelle économie. Déçu mais pas amer, Nicolas Riou regrette surtout « le panurgisme des investisseurs qui ont attisé le feu, puis brutalement abandonné tous les projets, même les meilleurs ». Et de conclure, dépité : « Nous sommes malheureusement restés dans un capitalisme primaire dicté par la sacro-sainte spéculation. » * Editions Eyrolles

L'homme Nicolas Riou, 34 ans.


1988 : Diplôme de Sciences Po Paris 1990 : Diplôme d'HEC. 1990-1998 : Commercial en agence de pub (CLM/BBDO, BBDP, Lintas). 1998 : Planneur stratégique chez Publicis. 1999 : Auteur de "Pub Fiction", consacré aux tendances de la publicité. 1999 : Auteur de l'étude "Les nouveaux visages de l'homme". 2000 : Conception du projet unhomme.com..

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Nathalie Carmeni