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L'impact économique et culturel du dégroupage est fantastique

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Reconnu comme l'un des meilleurs fournisseurs de services de télécommunications à destination des entreprises, Colt développe tambour battant ses activités Internet à travers l'Europe. Le directeur général de la filiale française, Claude Olier dévoile les nouveaux enjeux du marché et la façon dont sa société compte y prendre part.

Colt a pris pied sur le marché de l'hébergement en rachetant Imaginet en juillet 1998, avez-vous d'autres projets d'externalisation en vue ?


Pas pour le moment car nous ne sommes pas dans une logique d'externalisation à tout prix, contrairement à certains de nos concurrents. Mais nous ne sommes pas contre le principe lui-même. C'est tout simplement une question d'opportunité. Cela dit, étant donné la situation actuelle du marché et l'ajustement des cours des entreprises, la probabilité que nous fassions des acquisitions maintenant est plus forte que l'an dernier.

Pourriez-vous nous en dire plus sur votre stratégie de développement ?


Notre stratégie s'articule autour de deux nécessités : avoir une présence technique d'infrastructure de télécoms et d'hébergement forte, et développer des services à forte valeur ajoutée aussi bien dans les télécoms que dans l'Internet. Ce qui est important, c'est d'avoir une stratégie qui tient la route et qui soit bâtie sur le long terme. Si l'on a une stratégie opportuniste à très court terme, il faut en être conscient. Ceux qui étaient dans le call back et qui ont fait de l'argent pendant six mois ou un an et qui, 12 mois après, ont changé de métier ou ont évolué dans leur modèle économique, ont été intelligents. Mais ceux qui se sont mis dans le call back et qui y sont restés, jusqu'à disparaître, ont perdu tout ce qu'ils avaient gagné. En ce qui nous concerne, nous avons une stratégie de développement basée sur l'infrastructure de boucle locale pour contrôler les coûts et contrôler la qualité de service. Nous l'avons annoncé il y a huit ans, et depuis, personne ne nous copie ou quelques-uns commencent à rentrer timidement sur le marché.

Quel bilan tirez-vous de l'année 2000 ?


Si je regarde la liste des 25 premiers opérateurs à fin1999, je constate que le panorama a quand même bien changé. Il est clair qu'il y a un manque de financement, que le marché s'est durci, et que l'on est en train de rentrer dans une période de consolidation. La moitié des 25 premiers opérateurs existant l'année dernière n'existeront sans doute plus en 2001. A partir de là, j'estime que nous sommes sortis de cette compétition de manière relativement satisfaisante.

Quels sont vos résultats ?


En 2000, nous avons plus que doublé notre chiffre d'affaires qui devrait atteindre le milliard de francs, contre 470 millions de francs l'an dernier. Nous avons également doublé nos effectifs et sommes à l'heure actuelle 460.

Votre positionnement a-t-il évolué depuis votre arrivée sur le marché ?















2000 a été une année de positionnement fort sur le marché de l'Internet. Prise dans sa globalité, l'activité Internet représente environ 30 % de notre chiffre d'affaires. Nous avons débuté en octobre 99 avec un site de 500 m2 qui était un centre d'hébergement dédié et que nous avons rempli dès le mois de mars. Nous avons ouvert par la suite en juin un nouveau centre de 3 000 m2 au coeur de Paris dans le 17e arrondissement, qui sera plein lui aussi à la fin du mois. Nous planifions donc un nouvel espace de 10 000 m2 que l'on devrait ouvrir en juin 2001 aux Ulis. Les problèmes que nous rencontrons désormais sont des problèmes d'infrastructure et surtout d'alimentation. Pour vous faire une idée, le site de 3 000 m2 consomme 1 % de l'énergie d'une centrale nucléaire. Son fonctionnement nécessite donc un investissement lourd en argent et en temps.

Justement, le groupe Colt Telecom compte investir, d'ici 2002, 30 milliards de francs sur l'Europe pour étendre son réseau. D'où provient cette réserve ?


De notre compte en banque, tout simplement. Ces investissements ayant démarré en 1999, aujourd'hui, nous avons 18 milliards à investir, somme qui a été levée sur le marché boursier entre septembre 99 et février 2000 de manière successive.

Combien sont investis en France ?


En 1997, nous avons dû investir 150 millions de francs, en 2000 un petit peu plus de 1 milliard et en 2001, nous consacrerons sans doute 1,5 milliard de francs. Les investissements dans notre pays sont donc croissants.

A qui sont destinés vos centres d'hébergement, les Colt Internet Solution Centers ?


Aujourd'hui, une entreprise qui veut opérer une mutation globale de ses activités sur Internet passe par des SSII ou de grosses sociétés de conseil et consacre plusieurs dizaines de millions de francs au projet. Pour notre part, nous nous concentrons davantage sur les grands comptes ou les comptes moyens qui font leur premier pas sur Internet. Mais cela peut aussi être une société qui souhaite accélérer son développement sur une technologie particulière, comme TF1 par exemple, avec qui nous travaillons sur toute la partie streaming vidéo. Nous agissons pour les très grands comptes davantage dans le cadre d'avancées technologiques que par l'activité de conseil en réorganisation interne, qui n'est pas notre métier.

Qui sont vos principaux clients dans le domaine de l'hébergement ?


Nous en avons déjà signé plus de 500, parmi lesquels TF1, Gaumont, Compaq, Sony, Universal Music, Club Med, L'Express... Depuis début janvier, nous avons également signé avec plus de 60 dotcoms dont Rueducommerce, Aucland, Auféminin, Chez.com et Caramail.

Colt a-t-il été touché par la crise traversée par les dotcoms en 2000 ?


Pas du tout, et nous n'avons pas fait de filtrage auprès de nos clients pour ne garder que les meilleurs ou en tout cas les plus solide. Car, à partir du moment où une start-up vient nous voir, c'est qu'elle bénéficie de financements. C'est donc une sécurité pour nous. Et puis de toute façon, notre risque à nous n'est pas très important.

Votre présence sur le territoire français s'étend sur les plus grandes viles ?












Nous ne développerons probablement pas de boucle locale au-delà de Paris, Lyon et Marseille pour une raison de rentabilité. Ou, en tout cas, nous ne ferons pas de boucle locale telle que nous l'avons fait dans ces trois villes. Mais il est possible que dans un avenir proche nous adoptions une nouvelle stratégie d'infrastructure sur les autres villes. Le dégroupage, qui permet l'accès direct à Internet à l'entreprise et à moindre coût, est certainement la meilleure solution. Nous considérons que déployer une boucle locale sur une petite ville avec la qualité de service que nous offrons serait un mauvais choix stratégique.

Qu'attendez-vous du dégroupage justement ?


D'accéder beaucoup plus rapidement dans ces petites villes et à moindre coût. C'est un nouveau marché et une nouvelle technologie qu'il faut placer dans un contexte réglementaire qui évolue, qui s'appuie sur des technologies encore expérimentales, avec des opérateurs qui ne les connaissent pas. Tout cela fait donc beaucoup d'interrogation à l'heure qu'il est. Nous sommes donc obligés, en 2001, de passer par une phase d'apprentissage durant laquelle tout le monde va se roder. Le dégroupage sera opérationnel sur un plan économique et industriel à partir de 2002-2003. A cette date-là, 75 % des PME auront un lien internet permanent à haut débit à un prix très bas. L'impact économique et culturel est donc fantastique.

Et où en est Colt ?


En France, cela fait déjà six mois que nous sommes positionnés sur les technologies DSL et que nous proposons un service d'accès Internet à hauts débits garantis, ColtInterAccess DSL, via la revente de l'offre TurboDSL de France Télécom. Cette offre compte plusieurs centaines de clients, et représente plus de 50 % des parts de marché de l'Internet rapide pour les professionnels. Déjà présent dans 15 départements, ColtInterAccess DSL sera mis en place partout dans l'hexagone où France Télécom déploiera son offre TurboDSL.

Comment voyez-vous évoluer l'Internet mobile ?


La radio et le filaire sont deux technologies complémentaires et il n'y en aura pas une qui remplacera l'autre. Dans le marché où nous sommes, le filaire reste la meilleure solution car la demande et la technologie augmentent de pair, alors que la radio avance également mais ne va pas combler le trou du multimédia.

Colt pourrait-il être amené à développer des services destinés aux mobiles ?


Pas du tout. Le mobile est un métier particulier qui demande des investissements en infrastructure lourds. Nous n'y mettrons pas les pieds car nous ne somme pas un opérateur identique à SFR ou Bouygues Telecom. Nous n'avons pas fait de demande de licence UMTS et nous n'en ferons pas. Notre métier, c'est le filaire. Ce qui va se passer selon moi, c'est que les licences UMTS étant tellement chères, les opérateurs mobiles vont avoir un problème de rentabilité et de trésorerie à un moment donné. Lorsque cela se produira, ils tenteront de signer tous les partenariats possibles pour pouvoir faire du chiffre d'affaires et le concept d'opérateur mobile virtuel va alors s'accélérer. Et je pense que nous serons nous mêmes un opérateur mobile virtuel.

Quelle image estimez-vous que Colt possède sur le marché ?


J'estime que nous sommes un opérateur sérieux doté d'une très bonne qualité de service. Nous avons une bonne cote sur le marché

Vous communiquez de façon continue mais jamais de façon massive. Pour quelle raison ?


Dans mon métier, il faut que je fasse trois choses : répondre aux attentes de mes clients et leur donner entière satisfaction, satisfaire mes employés et satisfaire mes actionnaires. Le reste est superflu. Quand je vois des opérateurs de niche du monde de l'entreprise faire de la publicité avant le 20 h de TF1, j'estime que c'est gâcher son argent, car ça ne sert à rien. Chez nous, un sou est un sou et la publicité que nous faisons est par conséquent très ciblée. Nous sommes extrêmement attentifs au retour sur investissement que l'on fait sur la publicité. Nous sommes un opérateur de B to B, par conséquent le grand public ne nous voit pas et ça ne nous chagrine pas plus que cela. Nous misons donc davantage sur le marketing opérationnel pour fidéliser nos clients.

Biographie


Ingénieur Télécom après avoir fait l'Institut Polytechnique de Grenoble et être sorti diplômé de l'Insead, R. Claude Olier a fait toute sa carrière dans les télécoms, dans des entreprises européennes et américaines, et est rentré en France en 1993 pour prendre en mains le démarrage de Netcom, la start-up de Global One, avant de rejoindre Colt Télécommunications France en 1996 en tant que directeur général.

Colt Telecom Group


Premier opérateur d'accès local paneuropéen en nombre de villes opérationnelles en Europe (25 en novembre 2000), Colt Telecom Group offre des services de réseaux privés hauts débits, Internet (accès et hébergement) et de téléphonie aux grandes et moyennes entreprises, PME/PMI, dotcoms, opérateurs télécoms et fournisseurs de services internet. Colt est, d'ores et déjà, opérationnel avec son propre réseau fibres optiques à Amsterdam, Anvers, Barcelone, Berlin, Bruxelles, Cologne, Düsseldorf, Francfort, Genève, Hambourg, Hanovre, Lyon, Londres, Madrid, Marseille, Milan, Munich, Paris, Rome, Rotterdam, Stuttgart, Stockholm, Turin, Vienne et Zurich. Cette année, le groupe prévoit un déploiement européen élargi à 32 villes opérationnelles. Pour cela, 30 milliards de francs seront investis d'ici fin 2002. En 3 ans d'activité, le chiffre d'affaires de Colt France a progressé de manière exponentielle, s'élevant au troisième trimestre 2000 à 23,4 M£, soit une progression de 86 % par rapport au troisième trimestre 1999. En décembre, Colt a ouvert son site de vente en ligne à destination des PME, coltshop.com, au sein duquel elles ont la possibilité d'acheter en ligne l'ensemble de leurs services télécoms et Internet (téléphonie sortante, numéros spéciaux, accès à Internet à débits garantis...).