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La main gagnante du poker en ligne

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Désireux de moderniser l'image des jeux en ligne, Alexandre Dreyfus dispose d'un parcours hors norme attestant de sa volonté de réussir. Portrait d'un autodidacte qui ne fait pas dans le poker menteur.

S'il était né à Las Vegas, Alexandre Dreyfus incarnerait le rêve américain. A 33 ans, le très lyonnais p-dg du groupe Chiligaming (Chilipoker.com, Chilibet.com, Chilicasino.com) en est à sa 4e reconversion professionnelle. Sa motivation? Le travail, encore et toujours. « C'est un choix de vie, et parfois aussi une prison. Mais j'adore ça, je m'éclate. » Barbe de deux jours, crâne rasé et vêtu d'une tenue décontractée, il détonne avec l'image du très hollywoodien tenancier de casino Robert de Niro. Un contraste frappant jusque dans sa personnalité: « Je suis plutôt naïf insouciant, parfois fou-fou, mais très exigeant. » Armé de sa carte de visite qu'il fait tourner comme un joueur de poker sur le point de remporter la mise, l'homme ne cache pas son impatience face à l'ouverture à la concurrence du marché des jeux en ligne, devenue depuis effective. Et pour cause. Il a pour ambition de voir son site-phare, Chilipoker exploser. Celui-ci enregistre un chiffre d'affaires, majoritairement réalisé à l'étranger, de près de 9 millions d'euros en 2009, soit une hausse de 40 % par rapport à 2008. Un succès, qu'il doit à son audace.

Beaucoup de témérité

En 1995, Alexandre Dreyfus, 18 ans, quitte le lycée, sans avoir passé son bac. Mais l'homme fait confiance à son flair. Il veut se lancer sur un créneau qu'il pense être l'avenir: Internet. Il monte alors une web agency à Lyon, qu'il revend, un an plus tard, à Publicis. L'homme enchaîne sur un autre projet: la création du site Webcity, guide des sorties culturelles parisiennes. Florissant au départ (Carrefour et Dassault entrent au capital), le site repose sur un modèle économique trop coûteux pour être viable. En 2002, il dépose le bilan. « J'en ai tiré les leçons. Cela m'a permis de rencontrer Richard Branson (fondateur de Virgin, NDLR) », se souvient-il, amusé. En 2004, après un an chez Lycos, aux commandes de Caramail, il reprend avec ses associés, une plate-forme de paris sportifs anglais: Winamax.com. Moins d'un an plus tard, ils lancent Winamax Poker, qui compte ensuite parmi ses actionnaires, Patrick Bruel et Marc Simoncini (p-dg de Meetic) . L'aventure sera de courte durée. En 2006, il se retire et quitte Londres pour Malte, où il lance Chiligaming. « C'était le seul pays de l'Union européenne à proposer des licences d'exploitation pour les jeux en ligne. Il fait beau et la vie y est moins chère qu'à Londres. »

Une haute opinion du poker

Alexandre Dreyfus pilote donc son affaire depuis Malte et vise trois objectifs. Le premier: moderniser l'image des jeux « Beaucoup d'affaires politicofinancières ont entaché l'image de l'industrie du jeu. Je veux la rendre transparente. » Une démar che qui vise à rassurer ses clients sur une pratique qu'il considère comme un sport. Place au poker «propre», donc. « Toutes les transactions sont bancarisées. Il est plus facile de blanchir de l'argent sur les champs de course que sur nos sites », assure-t-il. Mais son combat ne s'arrête pas là. Il entend chatouiller la Française des jeux (FDJ) sur sa position monopolistique. Pour cela, il a créé l'Association française des opérateurs de jeux en ligne (Afojel) , avec Emmanuel de Rohan Chabot (président de Zeturf com). « Il faut s'unir autour d'inté rêts communs pour se faire entendre », précise-t-il. L'homme compte hisser Chilipoker.com à la 5e place des sites de jeux en ligne. « Notre démarche n'est pas de faire jouer davantage les Français, mais de capter un pourcentage du marché existant. » Soit en ligne de mire 5 % à 8 % de part du gâteau. Après quoi, il se fixera d'autres défis. Il envisage de changer de voie dans sept ans environ. Peutêtre bluffe-t-il, mais pour le moment, il semble disposer d'une bonne main pour remporter la mise...

1995 - Alexandre Dreyfus a 18 ans. Il quitte le lycée sans avoir passé son baccalauréat scientifique.
1996 - Monte une web agency et la revend
un an plus tard à Publicis.
1998 - Lance le site internet Webcity.
2002 - Dépose le bilan de Webcity, racheté par Cityvox.
2003 - Prend la tête de Caramail chez Lycos.
2006 - Quitte Londres pour Malte, où il lance le groupe Chiligaming.

Mot clés : jeu |

François Deschamps