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Le e-book cherche sa place dans l'édition numérique

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4Le livre, jusqu'ici limité au papier, entre dans les écrans. Les écrans d'ordinateurs, d'assistants personnels, mais aussi des livres électroniques, ces nouveaux supports de lecture. La bataille des réseaux livresques ne fait que commencer.


L'édition est en train de vivre un vrai bouleversement, et les responsables de ce chambardement sont l'Internet et les techniques de numérisation. Une fois associées, ces deux technologies ont ouvert la voie à de nouvelles formes d'édition, de diffusion et de lecture des ouvrages. Le Salon du livre de Paris, qui se tient à la Porte de Versailles du 16 au 21 mars prochains, consacre d'ailleurs à l'e-book - ou livre numérique -, une place de choix, et organise pendant trois jours un sommet européen destiné aux professionnels de l'édition numérique. D'après l'institut de recherche américain Forrester Research, le marché de l'e-book se chiffrera en 2005 à 7,8 milliards de dollars. Un chiffre qui a de quoi faire réfléchir tous les acteurs traditionnels de l'édition.

Les premiers pas du livre version électronique


Le livre électronique est l'approche la plus aboutie de l'édition numérique. Cette tablette de lecture, dont les premiers exemplaires ont à peine un an, rassemble tous les avantages : le confort de lecture, puisque la taille de l'écran est environ celui d'une feuille A4, la liberté de mouvement - le livre électronique pèse entre 500 grammes et 1 kg -, et l'accès direct à des catalogues en ligne, la machine à lire étant bien sûr connectée au réseau. Ces nouveaux terminaux peuvent contenir des dizaines d'ouvrages consultables à loisir et permettent de paramétrer la taille des caractères ou le contraste de l'écran. Trois acteurs ont déjà pris leurs marques sur le marché du livre électronique. Le groupe américain Gemstar International Group Limited, qui a racheté aux débuts de l'année 2000, deux fabricants de livres électroniques : SoftbookPress qui propose le Softbook et Nuvomédia qui commercialise le Rocket eBook ; la société américaine Franklin Electronic Publisher, fabricant de l'eBookman, intermédiaire entre l'assistant personnel et le livre électronique ; et la start up française Cytale, qui a levé, depuis sa création en avril 1998, 58 MF pour développer le Cybook. Le prix de cette nouvelle génération de supports de lecture varie, en fonction des fabricants, entre 2 000 et 5 000 F. Une fois le matériel acquis, le lecteur achète et télécharge les ouvrages par le biais du site du fabricant. Cytale propose ainsi sur son site 130 ouvrages à télécharger mais affirme avoir un catalogue de 900 titres signés. Cytale vise au départ des cibles de lecteurs spécifiques. « Nous visons aussi bien les grands lecteurs qui dévorent des ouvrages, que les personnes malvoyantes qui ont besoin d'un affichage en gros caractères. Le Cybook s'adresse cependant aussi bien aux nomades, aux Français expatriés ou encore aux étudiants », explique Olivier Pujol, P-dg de Cytale. Le marché du livre électronique est encore balbutiant. Forrester estime cette année les ventes de ces supports de lecture à 40 000 exemplaires. Cytale compte vendre en France quelques dizaines de milliers d'exemplaires en 2001. Le produit est depuis peu distribué dans les Fnac, BHV, Galeries Lafayette ou Virgin Mégastore, et dans certaines librairies.

L'édition numérique déjà prometteuse


Le livre électronique, séduisant pour les lecteurs l'est aussi pour les éditeurs. Car il réduit les risques de piratage, le téléchargement des ouvrages s'effectuant uniquement entre un serveur dédié et une machine spécifique. « Du point de vue des éditeurs, l'arrivée du livre électronique est un grand progrès, explique Jean-Pierre Arbon, CEO de l'éditeur et distributeur en ligne français 00 h 00.com, racheté l'année dernière par Gemstar. C'est une solution pour assurer la protection des contenus et de leur paiement. Cela résout le problème de la sécurisation. » Pourtant, la bataille n'est pas gagnée d'avance pour le livre électronique. Car derrière le l'appellation e-book se cachent d'autres approches de l'édition en ligne. La première possibilité est de commander un livre en ligne, imprimé à la demande et reçu sous format papier. La seconde est de choisir un ouvrage numérisé à télécharger sur un ordinateur, pour le lire à l'écran ou l'imprimer. Une dernière solution passe par les terminaux de poche, les assistants personnels. La lecture s'affranchit ainsi de l'ordinateur de bureau, comme dans le cas du livre électronique. Dans les deux derniers cas, le lecteur doit télécharger un logiciel de lecture gratuit, les deux principaux éditeurs pour la lecture sur PC étant Microsoft et Adobe. Chaque site propose ensuite un ou plusieurs formats. 00 h 00.com propose soit le téléchargement au format PDF, soit des premiers exemplaires de livres électroniques Rocket eBook. Le français Mobipocket, spécialiste du téléchargement d'ouvrages pour assistants personnels, a développé son propre logiciel. Le nouveau site de téléchargement de Vivendi Universal Publishing, ex Havas, a choisi le format Microsoft pour PC ou Mobipocket pour PDA. L'éditeur français en ligne Olympio.com s'appuie pour sa part sur son propre logiciel. Le libraire électronique français Numilog diffuse de son côté des ouvrages numérisés au format Adobe. Contrairement aux livres électroniques, le parc d'ordinateurs et d'assistants personnels est déjà très développé. Forrester estime qu'en 2005, 189 millions d'ouvrages de-vraient être téléchargés pour une lecture sur PC ou assistants personnels, alors que 31 millions de textes numérisés devraient être achetés pour les livres électroniques. Malgré ces solutions 100 % numériques, les livres papier commandés en ligne et imprimés à la demande représenteront encore une très importante part de la filière de l'édition numérique : 178 millions d'exemplaires seraient ainsi vendus en 2005.

La bataille du contenu


La carte future de l'édition numérique va se dessiner aussi bien en fonction de la bataille technologique des éditeurs de logiciels et de matériels de lecture, que des choix stratégiques des auteurs et des éditeurs, soucieux de la sécurisation des oeuvres et de leur diffusion. David Allouch, directeur général de la société Mobipocket, créée il y un an, a vu le monde de l'édition changer d'attitude par rapport au livre numérique : « Lorsque nous nous sommes lancés, la plupart des éditeurs ne croyaient pas du tout au livre numérique. On constate désormais une scission entre les grands groupes internationaux persuadés que leur chiffre d'affaires va basculer sur le Web et les petites maisons traditionnelles et familiales qui ne se positionnent pas du tout sur ce créneau. » Les différentes solutions de lecture permises par le développement de l'édition numérique, pourraient cependant correspondre à des types de lecture différentes. « Au dessus de trois minutes de lecture sur un écran d'ordinateur, le lecteur imprime son texte », remarque ainsi Olivier Pujol. Des textes brefs, des informations pratiques, techniques ou de fortes actualités par exemple, pourraient être particulièrement adaptés à de la lecture sur un assistant personnel alors que des textes plus littéraires, demandant une lecture suivie sans interruption semblent convenir davantage à la lecture sur livre électronique. Le marché de l'édition numérique n'a cependant pas fini de s'inventer. La société américaine eInk a déjà présenté l'année dernière le premier prototype d'un journal électronique. Ainsi le livre du futur, attendu dans les cinq prochaines années, sera composé de pages plastifiées et d'encre électronique, et se rechargera automatiquement depuis l'Internet.

Les auteurs et les éditeurs entrent avec prudence sur la voie du numérique


L'institut de recherche américain Forrester Research a mené une enquête en décembre 2000 auprès de 71 auteurs et de 51 éditeurs, sur le potentiel de l'édition numérique.

Les oeuvres seront-elles distribuées sous format numérique d'ici la fin 2003 ?


440 % des auteurs estiment que c'est très probable, 21 % que c'est probable, 23 % que c'est improbable, et 16 % ne l'envisagent pas.

Quelle est la position des auteurs par rapport à Internet, en tant que canal d'édition et de vente ?


441 % d'entre eux voient le réseau comme une opportunité intéressante et 10 % comme le début d'un véritable âge d'or. 34 % estiment qu'il s'agit simplement d'un autre canal de vente. 9 % cependant disent qu'Internet est un danger pour les droits d'auteur et 6 % un réel désastre pour l'édition.

Combien de titres les éditeurs sont-ils prêts à publier sous format numérique ?


En 2000, presque 60 % des éditeurs disaient n'en avoir publié aucun. En 2003, ce chiffre tombe à moins de 40 %, plus de 35 % d'entre eux estimant qu'ils publieront alors plus de 11 ouvrages sous format numérique.

Le livre électronique ne correspond pas à toutes les formes de lecture


Emmanuelle Jéhanno enseigne l'industrie cinématographique et audiovisuelle à HEC et Sciences Po Paris. Dans le cadre du Centre de sociologie des Organisations, elle a réalisé une étude sur la filière du livre numérique, éditée en mars 2001 aux éditions 00 h 00.com

Pensez-vous que les livres électroniques soient adaptés à toutes formes de lecture ?


E. J : Les supports de lecture, dédiés ou non, sont particulièrement adaptés à des lectures non linéaires, des lectures de consultation. La valeur ajoutée est ici indéniable pour un usage privé, qu'il s'agisse de la presse, de la littérature pratique, des dictionnaires ou pour un usage professionnel, scolaire ou universitaire.

Qu'en est-il, selon vous, des ouvrages plus littéraire ?


E. J : On a beaucoup associé le livre électronique à la littérature. Je pense que c'est une manière de lui donner une image de marque. Le format des assistants personnels, par exemple, n'est pas adapté à la lecture d'ouvrages de littérature. Je pense que les sources de profit les plus importantes proviendront de lecture de consultation.

Vous indiquez qu'avec la numérisation le livre va évoluer. Vers quoi ?


E. J : Le livre électronique sera certainement demain le support d'oeuvres nouvelles, multimédias. Il serait réducteur d'assimiler l'édition numérique à la simple réplique numérique de versions papier. L'interactivité, la présence de sons et d'images animées devraient se développer.

Paule Schanders