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Le jackpot des jeux en ligne

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Le marché des jeux d'argent et de hasard en ligne est en ébullition. Seulement, les opérateurs de ce secteur ultra-lucratif flirtent souvent avec l'illégalité ou contreviennent carrément à la loi. Panorama d'une industrie qui suscite toujours convoitises et fantasmes.

Le jackpot sur Internet? A coup sûr, ce sont les bookmakers du Web qui l'ont touché. Particulièrement juteux, le marché des jeux d'argent en ligne génère aujourd'hui des sommes colossales. Jusqu'à 11 milliards de dollars (environ 7,6 milliards d'euros) en 2005, dans le monde, à en croire le cabinet Chris Tanner Capital Advisor. Un chiffre qui devrait encore croître dans les années à venir pour atteindre 22,7 milliards de dollars en 2009, selon le même institut. Casinos on Une, tables de poker virtuelles, paris sportifs et paris hippiques raflent la mise auprès des internautes du monde entier.

Plus qu'un simple phénomène de mode, il s'agirait donc d'une tendance lourde résultant de multiples facteurs. «Il existe une sorte de théorie de la pauvreté qui veut que les gens jouent davantage quand le contexte est morose», relève Jean- Pierre Martignoni-Hutin, sociologue et spécialiste du jeu. Certes, la conjoncture économique actuelle n'est pas franchement enthousiasmante mais cette donnée ne suffit pas à expliquer l'engouement suscité par les cyberparis. Parmi les éléments à prendre en compte, il faut aussi évoquer le nombre toujours croissant d'internautes ainsi que l'entrée de nos sociétés dans une ère de loisirs. Sans oublier l'éternel et fondamental appât du gain auquel s'ajoute peut-être une attraction plus enfouie: flirter avec l'interdit, la transgression.

En réalité, cette dernière hypothèse vaut surtout pour un pays comme la France où les jeux d'argent et de hasard en ligne sont illégaux. Aucun site, à l'exception de ceux de La Française des Jeux et du PMU, n'a le droit d'exercer ces activités sur la Toile hexagonale. Comme le rappelle Dominique Bertoncini, chef de la division des affaires judiciaires et des nouvelles technologies au ministère de l'Intérieur, «toutes les sociétés qui organisent des jeux d'argent violent la loi et encourent jusqu'à trois ans de prison et 45000 euros d'amende. Dans le domaine des courses, l'amende peut même s'élever à 90 000 euros, voire à 200 000 euros si l'infraction a été commise en bande organisée.»

Et les joueurs pris la main dans le sac de jetons virtuels, que risquent-ils? «Seuls ceux qui s'adonnent aux paris hippiques illégaux sont punissables, poursuit Dominique Bertoncini. Mais nous avons rarement l'occasion de réprimer ce genre d'infraction. L'esprit de la loi vise avant tout à poursuivre les organisateurs.» Depuis deux ans, le texte est d'ailleurs appliqué à la lettre. Les arrestations de patrons de sociétés de paris se sont multipliées. Ainsi, en septembre 2006, Manfred Bodner et Norbert Teufelberger, les deuxp-dg de l'entreprise de paris sportifs Bwin.com, sont arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient à tenir une conférence de presse au centre d'entraînement du club de football AS Monaco. Un an plus tard, c'est au tour de Petter Nylander, patron de la société suédoise Unibet, d'être interpellé à l'aéroport d'Amsterdam juste avant d'embarquer dans un avion pour Londres. Secrétaire générale de l'European Gaming and Betting Association (EGBA), une association professionnelle de défense du secteur basée à Bruxelles, Sigrid Ligné s'indigne devant ces coups de filets spectaculaires: «Il est effarant de voir certains de nos membres arrêtés comme des criminels, déplore-t-elle. Il s'agit de sociétés cotées en Bourse, titulaires de licences au sein de l'Union européenne et répondant à de nombreuses exigences juridiques. Ce ne sont pas des sociétés opérant depuis des juridictions hors Europe et qui ne sont soumises à aucun contrôle! Ces arrestations révèlent une méconnaissance incroyable de l'environnement juridique européen.»

Les sites de paris gratuits

Albert de Monaco marié avant l'automne 2008? 40% de chances prédisent les internautes. Alain Juppé réélu maire de Bordeaux? Possible à 66% selon ces mêmes visiteurs du site Newsfutures.com qui se présente comme «la Bourse des prévisions». Sur ce portail, il est possible de spéculer sur tout et n'importe quoi. Entièrement gratuit, ce site est parfaitement conforme à la loi française. Sur Newsfutures, on mise dans une monnaie de singe: le «dooblon». Créé par Emile Servan-Schreiber, fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber, ce site, financé par la publicité, attire des centaines de milliers de parieurs. Newfutures a également ouvert des places de marché prédictives privées dédiées aux entreprises qui s'en servent pour faire de la prospective.
Dans le même esprit, le site Sport4fun.com, du groupe médias Newsport, propose de parier sur différents résultats sportifs. Cette fois, l'internaute est rétribué en «sanddys». Ces sites légaux remportent un certain succès mais leur attrait pourrait bien s'émousser si le marché vient à se libéraliser. La concurrence de sites qui font gagner de «vrais» euros risque en effet de les mettre au tapis.

Ouverture et monopoles

Et l'EGBA n'est pas seule à s'élever contre le protectionnisme français et le monopole de La Française des Jeux et du PMU. La Commission européenne estime, elle aussi, que la loi française est contraire au droit communautaire sur la libre circulation des services. Elle a ainsi mis en garde la France en lui envoyant, en juin dernier, un avis motivé pour exiger une modification de la législation. «Ce n'est pas une mince affaire, explique Frédéric Manin, avocat de Bwin. Si les négociations entre la France et Bruxelles n'aboutissent pas, l'Etat français se retrouvera devant la Cour de justice européenne

Sigrid Ligné (EGBA):

«Il est effarant de voir des responsables de sociétés de jeux cotées en Bourse, arrêtés comme des criminels.»

Signes de bonne volonté

Devant ces pressions, la France commence à donner des preuves de bonne volonté. En novembre, Eric Woerth, le ministre du Budget, s'est déclaré prêt à «aller vers une ouverture maîtrisée du système de jeux». Une position appuyée par une déclaration de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes: «Ce serait de bon augure avant la présidence française de l'Union (qui débute en juin 2008, NDLR), a-t-il souligné. Il n'est pas sain que les contentieux perdurent.» Quant à Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, elle a affirmé qu'elle souhaitait «envisager l'avenir sans tabou». En attendant, la situation présente est plutôt floue et compliquée. Car, comme le fait remarquer malicieusement Patrick Partouche, président du premier groupe européen de casinos: «Pourquoi parler d'ouverture maîtrisée? Le marché est déjà ouvert!» Malgré les interdictions et les risques de procédures judiciaires, près de 2 000 sites, souvent basés à Malte ou Gibraltar, seraient accessibles aux joueurs français. En 2006, ces opérateurs étrangers auraient engrangé entre 300 et 400 millions d'euros sur le seul marché hexagonal, d'après le cabinet d'audit Lexsi. «Nous connaissons une situation d'ouverture défait, confirme le porte-parole de La Française des Jeux. Il faut aujourd'hui la réguler dans l'intérêt des joueurs et des opérateurs responsables qui ne doivent pas se sentir pénalisés

Responsables, la plupart des opérateurs estiment l'être. «Les sociétés basées dans des paradis fiscaux aux activités mafieuses sont marginales, affirme Alexandra Musseau, responsable de l'Association française des jeux en ligne. La majorité des dirigeants sont d'anciens avocats ou issus du marketing en ligne. Nombreuses sont les sociétés cotées en Bourse. Leur modèle économique est très rentable et fonctionne surtout sur l'affiliation.» C'est le cas d'Unibet. Créée en 1997, l'entreprise est cotée depuis 2004. Elle a pénétré le marché français en rachetant Mrbookmaker. com. Ce pure player, spécialisé dans les paris sportifs, affichait un chiffre d'affaires de 700 millions d'euros en 2006. «La France représente un bon tiers de notre chiffre d'affaires, déclare sans sourciller Jérôme Falcon, responsable marketing France de la société. A la différence du PMU, nous proposons des paris à cote fixe. Dans ce cas, le joueur prend un pari contre le bookmaker. C'est le volume de paris qui fait notre chiffre d'affaires

@ (c) Marc Bertrand

PATRICK PARTOUCHE, président du groupe Partouche

«La situation actuelle profite avant tout aux paradis fiscaux»


Le dirigeant du groupe de casinos souhaite que la France reconnaisse les licences européennes.


Que vous inspire la situation française actuelle?
Dès 2000, j'ai alerté les pouvoirs publics pour leu signaler la menace que représentaient les sites illégaux, mais l'Etat a préféré adopter la politique de l'autruche. Résultat, depuis dix ans, la France est dans un système «lose-lose» où tout le monde perd de l'argent. Il n'est pas normal que des opérateurs de jeux de casino ne puissent pas, dès demain, créer une nouvelle richesse en France! Pour l'instant, cette situation profite avant tout aux paradis fiscaux.


Comment expliquer ce blocage français?
Les nouvelles technologies font peur à beaucoup de personnes. Et franchement, la génération des personnes qui contrôlent la politique des jeux n'est pas celle des consommateurs de nouvelles technologies. Il y a une véritable méconnaissance de ce domaine.


Les déclarations du ministre du Budget vous rassurent-elles?
J'ai beaucoup apprécié ce qu'ont dit Eric Woerth et Michèle Alliot-Marie. La France doit reconnaître les licences européennes. De cette manière, la France deviendra un pays ami des émetteurs de licences et non plus un concurrent. Pour ma part, j'ai toujours pensé que l'on travaillait mieux avec des partenaires qu'avec des concurrents.


Si le marché s'ouvre êtes-vous prêt?
Je suis plus que prêt! Je suis présent dans tous les domaines des nouvelles technologies: la télévision avec Cash TV, le téléphone mobile grâce à Quedesjeux.com qui crée des jeux pour portables. J'ai également acheté une plateforme de paris sportifs basée à Malte. J'ai d'autres licences à Gibraltar et possède une solution de poker.

Malgré les interdictions, les joueurs français auraient accès à près de 2000 sites, souvent basés à Malte ou Gibraltar.

@ (c) Xavier Pierre

Guillaume Dolbeau (e-PMU):

«Pour notre site internet, nous jouons la carte de la complémentarité avec notre réseau de points de vente.»

Une publicité tolérée sur le Net

Mais comment recruter des clients et quelle stratégie de communication adopter dans un pays où la publicité pour ces services est prohibée? En fait, l'interdiction est très claire pour tous les médias off line: télévision, radio. Concernant le Net, les textes sont moins explicites. Et de fait, Unibet se présente comme un des premiers annonceurs sur le Web, avec un budget qui dépasse 10 millions d'euros. Mais Jérôme Falcon ne cache pas son impatience de voir le marché s'ouvrir: «No us pourrons exercer notre métier de façon transparente. Cette libéralisation contrôlée pourrait nous permettre d'accéder à des médias de masse comme la télévision ou un journal tel que L'Equipe. Nous pourrions surtout sponsoriser des clubs de football, ce qui nous conférerait une grande visibilité.»

Rentable, Unibet se veut aussi éthique. Jérôme Falcon n'hésite pas à mettre en avant les vertus de la société. «Avec notre charte, nous veillons à protéger les joueurs des risques d'addiction», affirme-t-il. Avant d'ajouter, un brin cynique: «C'est aussi dans notre intérêt de ne pas tuer la poule aux oeufs d'or.» Confiant en l'avenir, Jérôme Falcon ne doute pas des chances d'Unibet d'obtenir une licence si jamais la loi est modifiée.

Patron de Zeturf, société de paris hippiques basée à Malte, Emmanuel de Rohan-Chabot croit aussi que les choses sont en bonne voie. Pourtant, pour lui, l'affaire n'était pas gagnée. Son site web, Zeturf, était accusé par le PMU de contrevenir à son monopole. Seulement, au terme d'un feuilleton judiciaire, la Cour de cassation a estimé que la législation protectrice accordée au PMU devait être justifiée. Un jugement qui rejoint la position de la Commission européenne. Depuis, Emmanuel de Rohan-Chabot attend avec impatience de pouvoir conquérir légalement le marché français. D'autant qu'à ses yeux, ce dernier n'est pas encore mature. De plus, le dirigeant pense pouvoir tirer parti de la spécificité de son offre. «Notre site diffuse toute l'information dont nous disposons: pronostics, bases de données... Et, comme le PMU, nous pratiquons le pari mutuel. Sauf qu'au lieu de redistribuer 72% des gains aux joueurs, nous en redistribuons 95%.» Et c'est avec les 5% restants que Zeturf réalise son chiffre d'affaires. «Notre but est de gérer des volumes importants avec des marges faibles afin d'offrir un taux de redistribution toujours supérieur a celui de nos concurrents.» Et si, pour satisfaire les exigences françaises, Emmanuel de Rohan-Chabot est prêt à payer un impôt sur les bénéfices «comme n'importe quelle société», il refuse cependant l'idée de payer une taxe sur les jeux. «Une double taxation serait inenvisageable. Surtout que le PMU n'est pas soumis à l'impôt sur les sociétés

De toute façon, un pure player comme Zeturf doit-il réellement s'inquiéter de la concunence du PMU? Pour l'heure, Internet ne représente qu'une part modeste des activités de l'opérateur historique. Son site de prise de paris a été lancé en 2003. Cette année, avec 180000 clients actifs, le chiffre d'affaires généré par le Net devrait dépasser 400 millions d'euros, soit 5% du chiffre d'affaires total. «Nous n'assurons pas une promotion agressive de nos services à distance, estime Guillaume Dolbeau, responsable d'e-PMU. Comme nous voulons jouer la carte de la complémentarité avec notre réseau de points de vente, nous privilégions avant tout une communication on Une, avec des bannières, de l'e-mailingou des systèmes de parrainage. Nous avons aussi développé une démarche pédagogique avec PMU Progress. Cette page vise à montrer que parier est en fait très simple. C'est une autre manière de recruter de nouveaux clients.» Malgré une offre sur le Web encore peu développée, le PMU se dit «prêt à challenger et à être challenge» sur ce secteur. «Nous avons une ressource énorme: tous nos parieurs sont des fidèles», estime, confiant, Guillaume Dolbeau. Une fidélité qui pourrait bien être mise à l'épreuve par les taux de redistribution plus alléchants proposés par les concurrents.

Le point sur la législation française

Les jeux d'argent sont soumis à des régimes différents. Les loteries et les paris sportifs relèvent ainsi d'un monopole d'Etat confié à La Française des Jeux (FDJ) par dérogation à la loi du 21 mai 1836 qui interdit les loteries. Les casinos bénéficient, eux, d'une dérogation à la loi du 12 juillet 1983 sur les jeux de hasard. Quant aux paris sur les courses de chevaux régis par une loi de 1891, ils sont réservés au Pari mutuel urbain (PMU) qui finance à 80% la filière hippique française. Les contrevenants s'exposent à des sanctions pénales et des amendes importantes. Cette dimension répressive a été renforcée, en mars 2007, avec la loi de prévention de la délinquance. Ce nouveau texte prévoit notamment des poursuites judiciaires «contre les personnes se livrant à de la publicité en faveur des sites de jeux illégaux».
Détail symptomatique du fossé entre la France et Bruxelles, le jour même où cette loi était votée, la Cour de justice européenne rendait l'arrêt Placanica qui annulait les sanctions pénales prises par l'Italie contre la société de paris sportifs Stanley international Betting Ltd, Cette décision confirmait le désir de Bruxelles de mettre fin aux monopoles d'Etat. En 2003 déjà, l'arrêt Gambelli établissait qu'un Etat ne pouvait pas s'opposer à la libéralisation en invoquant l'ordre public si lui-même encourageait l'offre. Ce que font typiquement la FDJ et le PMU à grand renfort de spots publicitaires.
La situation française est donc devenue de plus en plus intenable au regard du droit européen. Une conciliation est-elle possible?

Et dans le monde?

La France n'est pas une exception. Les sites de jeux d'argent et de hasard restent interdits dans d'autres pays de l'Union européenne comme le Danemark, la Finlande, l'Allemagne, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède. Toutefois, un vent de libéralisation semble se lever. Ainsi, en Italie, après une politique de prohibition qui avait banni toutes les adresses IP des salles de casino ou de poker sur Internet, l'heure est désormais au marché régulé. Idem au Royaume-Uni, où a été proclamé en 2005 le «Gambling Act». Dorénavant, les opérateurs établis outre-Manche doivent être titulaires d'une licence délivrée par la Commission des jeux et répondre à un certain nombre de critères contraignants.
Les Etats-Unis ont connu, en revanche, un mouvement inverse. En 2006, l'UnlawfuI Internet Gambling Enforcement Act (UIGEA) a établi une prohibition stricte des jeux d'argent sur Internet, faisant chuter les actions des sociétés de jeux. Devant le tollé suscité par cette loi, Franck Barney, un membre du Congrès, a déposé en avril 2007 un projet de loi pour abroger l'UlGEA, qu'il estime contraire aux libertés individuelles. L'Union européenne (UE) elle-même s'est invitée dans ce débat. En novembre, le commissaire au Commerce extérieur a ainsi demandé aux Etats-Unis de modifier l'UlGEA, la jugeant discriminatoire pour les sociétés européennes. L'UE et d'autres partenaires commerciaux des Etats-Unis sont actuellement en discussion en vue d'obtenir une compensation financière rétroactive censée dédommager les compagnies européennes pour le manque à gagner engendré par cette loi. Une perte chiffrée à une centaine de milliards de dollars.

Le PMU et La Française des Jeux à la traîne sur le Net

Comme le PMU, La Française des Jeux (La FDJ) se montre encore discrète sur la Toile et ne propose aucune offre spécifique. «Pour l'instant, notre offre web est uniquement le prolongement naturel de notre offre physique», note-t-on à La FDJ. Au lieu de gratter, on clique. Résultat, les internautes ne se bousculent pas au portail. Le site ne recense que 1,1 million de joueurs inscrits et 400 000 joueurs actifs (qui ont joué au moins une fois au cours des trois derniers mois) . En 2006, Internet ne pesait que pour 1% dans le chiffre d'affaires de La FDJ (9,5 milliards d'euros en 2006). Aussi cette dernière est-elle consciente qu'elle devra combler ce retard si le marché s'ouvre à d'autres opérateurs interactifs: «Nous souhaitons notamment développer notre offre de paris sportifs. Les nouvelles générations de joueurs sont des générations numériques, en attente d'une offre dynamique et sécurisée

Ce constat, les casinotiers l'ont fait il y a longtemps. Ils sont dans les starting-blocks, prêts à dégainer leur offre sur le cybermarché. Et pour cause: «Les propriétaires de casinos en dur prennent de plein fouet cette concurrence du Web. Une partie de notre clientèle disparaît pour jouer sur des sites exotiques, illégaux, sans garantie de paiement», déplore Pascal Pessiot, président de la Société française de casinos. Ce dernier estime qu'Internet est responsable d'une perte oscillant entre 600 millions et 1 milliard d'euros par an. Les nouvelles technologies constituent donc de prometteurs relais de croissance. Ainsi, le groupe Partouche espère créer «une passerelle vertueuse entre le réel et le virtuel». A la tête de Partouche Interactive, Frédéric Vinzia envisage l'avenir de cette façon: «Internet doit faire rebondir notre marque. Face aux pure players, nous disposons d'un atout remarquable: nos infrastructures qui peuvent servir d'excellents supports de communication. Nous pourrons, par exemple, inviter des joueurs chinois sur la Riviera ou présélectionner des joueurs sur Internet pour organiser des tournois physiques dans nos casinos et ainsi leur offrir le plaisir du lieu et de l'humain.»

Les casinos déjà prêts à se lancer sur la Toile

Même stratégie mise en avant par le groupe Barrière, l'autre grand du secteur. Un projet répondant au nom de BIG, pour Barrière Interactive Gaming, est déjà bien avancé. Mené en partenariat avec MKO Games (filiale de MK2 et Onyx Films), producteur de jeux vidéo tirés de films, BIG a pour but «d'établir une proximité intime entre notre offre on line et nos casinos en dur, dès que notre présence sur leWeb sera autorisée», selon Nicolas Ricat, directeur marketing en charge de ce dossier chez Barrière. Le groupe mise aussi sur le communautarisme pour fidéliser cette future clientèle potentielle. Le site sera donc riche en espaces de discussion et autres forums pour faciliter les échanges entre joueurs. Tous les casinotiers se sentent plus que prêts à se lancer sur le Web. «Notre groupe exploite 1 00 tables de poker en dur. Plus de 1 000 personnes jouent, chaque jour, dans nos établissements. Alors, dites-moi pourquoi je ne serais pas capable d'exercer ce métier on line», s'emporte Patrick Partouche.

Reste à savoir selon quelles modalités le marché français est susceptible de s'ouvrir. Dans son amorce de discussion avec Bruxelles, le gouvernement a déjà formulé quelques pré-requis. Ainsi, il refuse le principe de reconnaissance mutuelle: une entreprise ayant obtenu une licence de jeu dans un pays européen ne sera donc pas automatiquement reconnue dans l'Hexagone. Les sociétés devront être soumises àl imposition en France et les paris à cote fixe seront interdits. Une commission gouvernementale, présidée par Bruno Durieux, ancien ministre du Commerce extérieur, planche depuis novembre sur ce sujet. Le gouvernement doit remettre un premier rapport à la Commission européenne au cours du premier trimestre 2008. Si certains, comme le sénateur François Trucy, auteur de deux rapports sur les jeux d'argent, voient d'un bon oeil ce changement d'attitude de la France, d'autres experts ne sont pas persuadés que les négociations aboutiront. «Le gouvernement français joue la montre, soupçonne l'un d'eux. Il y a fort à parier qu'il ne réformera ses lois qu'a minima.» Les opérateurs n'apprécieraient sûrement pas un tel coup de bluff.

Interview...

«Quand le marché s'ouvrira, il faudra affronter la concurrence de grands groupes richissimes»


Trois questions à Alexandre Dreyfus, patron du site Chilipoker.com, jeune société basée à Malte qui surfe sur le succès du poker on line.


Comment expliquez-vous cette nouvelle folie du poker sur Internet?
La forme de jeu qui remporte un vif succès aujourd'hui est le Texas Hold'em Poker (littéralement Texas-garde-les). Ce sont les règles de jeu américaines qui sont devenues les standards. Il s'agit moins d'un jeu de hasard que d'un vrai jeu d'adresse. Les joueurs ont davantage l'impression de maîtriser leur destin et ce sentiment doit plaire. En outre, il y a toute la médiatisation autour de ce jeu avec des stars comme Patrick Bruel.


En quoi consiste l'offre Chilipoker?
Nous proposons des tables virtuelles autour desquelles les participants jouent entre eux, et non contre la banque. Un peu sur le modèle d'eBay, Chilipoker prend une commission sur ce qui se passe autour de la table.
Nous essayons de nous positionner sur un marché haut de gamme. Pour recruter nos clients, nous communiquons surtout on line, via l'affiliation. Nous nous faisons également connaître avec des joueurs comme Fabrice Soulier ou l'Américaine Liz Lieu qui nous servent d'ambassadeurs pendant des tournois.


Que représente pour vous le marché français?
La France constitue notre 3e ou 4e marché. Nous comptons 30000 inscrits, essentiellement en Europe, parmi lesquels 18% de joueurs français. Contrairement aux Suédois, par exemple, les Français ne sont pas de gros joueurs mais ils sont plus nombreux. Ce marché de masse a généré plus de 100 millions de dollars en 2007. Pour ma part, je ne suis pas vraiment impatient de voir la législation française bouger. Quand le marché s'ouvrira, il faudra mettre des millions d'euros sur la table pour exister face aux grands groupes britanniques qui sont richissimes à milliards ou face à de grands groupes de médias. Ce sera un peu David contre Goliath.

Mot clés : jeu |

Elisabeth Philippe