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Les enjeux et opportunités du SEPA

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PAIEMENTS Le marché des paiements est à l'aube de changements majeurs. Harmonisation européenne, renforcement de la concurrence et innovation, les évolutions réglementaires offrent bien des avantages aux e-commerçants, à condition de saisir la balle au bond.

En Europe, les personnes et les services circulent plus librement que les capitaux. Certes, la création de l'euro a contribué à améliorer la situation, mais elle n'a pas tout solutionné. C'est pourquoi la commission européenne a décidé, en 2002, de créer un véritable espace des paiements en euros, appelé Sepa (Single euro payments area). Après le passage aux pièces et billets en euros, le projet Sepa ambitionne de créer une gamme unique de moyens de paiement, commune à l'ensemble des pays européens. Cette évolution est d'autant plus nécessaire que le nombre de paiements transfrontaliers ne cesse d'augmenter, notamment grâce à l'essor du commerce électronique.

Le projet Sepa est piloté par le CEP (Conseil européen des paiements). Son objectif final est clair: faire en sorte que chaque consommateur, entreprise, commerçant ou administration puisse effectuer des paiements scripturaux dans les 32 pays concernés aussi facilement que dans son pays d'origine. A terme, chacun bénéficiera des mêmes conditions techniques, tarifaires et juridiques. Un projet ambitieux et de bonnes intentions qui n'ont pas été immédiatement suivies d'effet. Les Etats et les banques nationales ont pendant longtemps rechigné à faire le grand saut. La Commission européenne a donc dû leur forcer la main en adoptant, en novembre 2007, la Directive européenne sur les paiements. Dernier volet de l'uniformisation de la zone euro, le Sepa est devenu réalité le 14 mars 2012, après l'adoption officielle du règlement européen.

Un sujet stratégique

Les avantages attendus sont nombreux: gain de temps dans les paiements, procédures simplifiées, sécurité, compte bancaire unique dans toute l'Union européenne, renforcement de la concurrence, apparition de nouveaux services à valeur ajoutée, comme la facturation électronique. D'après la Commission européenne, les économies générées par l'espace unique de paiement pourraient atteindre plusieurs dizaines de milliards d'euros. «Le déploiement du Sepa va être un vecteur d'économies et d'innovations, lesquelles vont bousculer les offres existantes. C'est une véritable révolution dans le monde des paiements, qui aura des effets comparables à l'essor de l'e-commerce», assure Jean -Yves Rossi, président de Canton Consulting, société spécialisée dans le conseil sur les solutions de paiements innovantes. Selon lui, il est impératif que les e-commerçants anticipent les évolutions en cours, car «le sujet du paiement est stratégique».

Il ne faut pas non plus évacuer les aspects purement techniques. En effet, selon une étude d'Experian, 12 % des paiements électroniques effectués par des entreprises européennes et à destination de celles-ci contiennent actuellement des erreurs. A l'occasion du passage au Sepa, si elles ne sont pas corrigées, celles-ci pourraient induire des coûts supplémentaires de l'ordre de 20 milliards d'euros par an, estime l'étude. Le conseil européen des paiements a adapté les systèmes de paiement par carte existants en imposant des principes d'harmonisation. C'est ce qu'on appelle le SCF (Sepa cards framework). Plus important, il a aussi créé deux nouveaux moyens de paiement destinés à remplacer leurs homologues nationaux: le virement (SCT) et le prélèvement Sepa (SDD). Tous deux utilisent les coordonnées bancaires BIC et IBAN et comprennent un libellé d'information pouvant aller jusqu'à 140 caractères (contre 31 pour le format national). Celui-ci est restitué dans son intégralité et sans altération pour le payeur. Le SCT et le SDD remplacent progressivement nos virements et prélèvements nationaux.

Interview...

Denis Gaultier, directeur général délégué de Cards off, établissement de paiement spécialisé dans l'e-commerce
«Sepa va fluidifier les paiements en Europe»
Que représente le paiement européen aujourd'hui en France?
Le prélèvement Sepa ne représente que 0,5 % des volumes des prélèvements, ce qui montre son côté dissuasif. Plus facile à mettre en oeuvre, le virement Sepa atteint 24,5 % des virements.
Le Sepa facilitera-t-il l'e-commerce transfrontalier?
L'intérêt majeur, en effet, c'est l'ouverture européenne, dans la continuité de l'euro et de l'aire de paiement unique, puis de la directive européenne sur le paiement qui a autorisé les établissements de paiement. C'est un vrai changement pour les commerçants et les consommateurs. De n'importe quel pays d'Europe, on va pouvoir commercer par le biais des paiements européens. Le Conseil européen des paiements (EPC) qui gère le Sepa dicte les règles qui se voient unifiées. Pour faire un virement, il suffira de connaître le compte européen IBAN du destinataire. Avant, l'usage fréquent du «cash on delivery» pour les commerçants allemands faisait que des livreurs se déplaçaient avec du liquide sur eux et pouvaient se faire attaquer. Le Sepa va, entre autres, résoudre cela.
Est-ce que les marchands peuvent espérer une baisse des coûts du paiement transfrontalier?
Il y aura un abaissement de la complexité, parce que nous parlerons tous le même langage. Cela entraînera mécaniquement un abaissement des coûts, grâce à l'unicité des échanges. Mais il faut être honnête, il va d'abord falloir investir. Les entreprises peuvent déléguer ce volet complexe du paiement européen à des établissements de paiement, dont Cards Off fait partie, qui maîtrisent ce métier-là. Il faut être notamment capable de dématérialiser les mandats de prélèvement, or, un commerçant ne sait généralement pas bien faire cela. Plutôt que de mobiliser ses équipes informatiques, il sera souvent plus judicieux de s'adresser à un spécialiste. C'est aussi un moyen de temporiser, d'acquérir une expertise et une expérience, quitte à internaliser plus tard.

Vers une standardisation

Après la date butoir du 1er février 2014, ils seront les seuls utilisables. Le virement Sepa (SCT) est disponible en France depuis 2008 et le prélèvement (SDD) depuis fin 2010. La standardisation des moyens de paiements est donc en cours. Elle doit entraîner une simplification, une réduction des coûts et des délais, ainsi qu'une plus grande fiabilité des moyens de paiement. Cependant, elle provoque aussi une série d'adaptations dans tous les services des entreprises. Elle touche en particulier la gestion de l'information et de la communication avec les partenaires de paiement, les clients ainsi que les systèmes générant les instructions de paiement et traitant les avis et relevés. C'est pourquoi le comité Sepa France recommande aux entreprises de se mettre rapidement en relation avec leur banquier et leur fournisseur de logiciel ou expert comptable pour réussir leur migration vers le Sepa. Pour faire connaître les enjeux de l'espace unique de paiement en euros, il a organisé, à l'automne dernier, une campagne d'information à travers toute la France. Il y a, en effet, fort à faire en matière de sensibilisation.

Alors que l'échéance de février 2014 se rapproche à grands pas, les acteurs hexagonaux ont pris du retard. «La France fait partie des pays européens qui tardent le plus à s'approprier ces nouveaux instruments de paiement», déplore Jean-Yves Rossi, de Canton Consulting. Les virements Sepa ne représentent que 29,7 % des virements émis. Pour le prélèvement Sepa, c'est bien pire: moins de 1 %! L'administration semble avoir pris le taureau par les cornes, tandis que les PME restent à la traîne. Or, si les entreprises ne migrent pas à temps, elles risquent tout simplement le blocage de leurs moyens de paiement.

3 questions à ...

Frédéric Charlier, responsable systèmes chez Bip&Go (abonnement au télépéage)
«Les achats en ligne sur Bip&Go représentent aujourd'hui 45 % de nos ventes globales. »
Vous êtes l'un des premiers acteurs grands publics à être passé au Sepa. Qu'est-ce qui a motivé votre décision?
Nous réfléchissions à un nouveau moyen de vendre sur Internet notre service de badge Liber-t. Il était déjà possible de se le procurer sur notre site, mais seulement par préinscription. Les clients devaient télécharger un formulaire et nous le renvoyer. C'était un processus très long, qui leur donnait beaucoup d'occasions de changer d'avis. Nous souhaitions un moyen de paiement immédiat, récurrent et international. Ce que ne permettaient pas le prélèvement national et la carte bancaire. Grâce à Slimpay, spécialiste du prélèvement et du virement Sepa, et au Sepa direct debit (SDD), tout se fait maintenant 100 % en ligne sur notre site Bip&Go. Il n'y a plus besoin de signature papier.
Plus d'un an après sa mise en oeuvre, quel bilan tirez-vous de cette nouvelle solution de paiement?
En tant que précurseur, nous avons bien entendu eu quelques déboires, car certaines banques n'étaient pas encore au point sur le Sepa. Rien de très gênant, car nous nous étions préparés à ce cas de figure. Nos clients sont très satisfaits et rassurés par la solution de paiement que nous avons mise en place. Ils apprécient sa simplicité d'utilisation. En quelques clics, ils se retrouvent dans le tunnel de souscription puis sur le site de Slimpay pour l'enregistrement du mandat. Nos ventes ont fortement progressé, de l'ordre de 30 à 40 % depuis le lancement. Les achats en ligne sur Bip&Go représentent aujourd'hui 45 % de nos ventes globales.
Quelles sont vos ambitions pour le futur?
Nous aimerions capitaliser sur notre avance et continuer à accroître nos ventes sur Bip&Go. Pour autant, notre stratégie n'est pas axée sur le Web à 100 %. Nous croyons toujours au multicanal. L'étranger est également un enjeu important pour nous, car beaucoup de trafic sur nos autoroutes provient de l'Allemagne, de la Belgique, de l'Angleterre et du Luxembourg notamment. Grâce au Sepa, nos voisins européens vont enfin pouvoir avoir accès au badge Liber-t.

L'émergence positive des établissements de paiement

La directive services de paiement est la pierre angulaire de l'instauration d'un marché des paiements harmonisés. Afin de stimuler la concurrence, le texte européen a également créé une nouvelle catégorie de prestataires: les établissements de paiement. Leur apparition ébranle le monopole des banques. Ces établissements de paiement bénéficient d'une procédure d'agrément allégée et sont soumis à un régime prudentiel spécifique, beaucoup moins contraignant que celui des sociétés de crédit. Ils ne peuvent pas recevoir de dépôt de la part de leurs clients et ne peuvent utiliser les fonds reçus qu'à des fins de prestation de services de paiement. Ces nouveaux acteurs sont en quelque sorte des banques «light», qui offrent des services de paiement originaux et innovants, notamment en ligne. Dans le domaine de l'e-commerce, ils offrent d'intéressantes perspectives en termes d'acquisition et de conversion. Selon une étude du cabinet ADN'Co, les nouveaux moyens de paiement dits alternatifs devraient d'ailleurs représenter 25 % des transactions des sites d'e-commerce en 2015.

A ce jour, une quinzaine d'établissements de paiement ont obtenu leur agrément en France. «La démarche pour l'obtenir est lourde, observe Sébastien Trova, directeur commercial de Buyster. On a bien transpiré. » Créée en septembre 2011 par les trois opérateurs mobiles et Atos, cette société propose une solution innovante et sécurisée de paiement sur Internet. Plus besoin de sortir sa carte bancaire, le smartphone suffit. Le service de Buyster est dédié à l'ecommerce sous toutes ses formes: depuis un PC, un smartphone ou une tablette. Grâce à l'identification automatique du mobile par le réseau de l'opérateur, seuls les six chiffres du code confidentiel Buyster sont nécessaires pour valider le paiement depuis un site ou une application mobile. «Nous avons déjà signé près de 400 marchands. Nous avons d'abord travaillé dans l'ombre pour développer notre réseau d'acceptation et nous allons maintenant communiquer auprès du grand public. Nous souhaitons devenir le moyen de paiement leader du m-commerce en France d'ici à cinq ans», explique Sébastien Trova.

Des solutions pour payer sans carte bancaire...

C'est aussi en constatant que la carte bancaire, encore utilisée par 80 % des acheteurs en ligne en France, n'était pas adaptée à toutes les transactions, que Jérôme Traisnel a créé SlimPay. L'établissement, agréé par la Banque de France, a lancé le premier terminal de paiement électronique virtuel de prélèvement. Cette offre est destinée aux e-commerçants qui souhaitent facturer de manière récurrente (presse, jeux en ligne, information...). «La fuite des abonnés est un vrai problème pour les marchands. La carte bancaire est un produit fantastique pour l'achat de produits unitaires, mais elle pose problème quand il s'agit d'abonnement», remarque Jérôme Traisnel, qui pointe du doigt l'obsolescence de ce moyen de paiement. «65 % des consommateurs ne se réabonnent pas lors du renouvellement de leurs identifiants carte bancaire. Le prélèvement, lui, n'a pas d' obsolescence ni de plafond ou de montant minimum», insiste-t-il. Et de souligner qu'en Allemagne, 50 % des paiements sur Internet s'effectuent déjà par prélèvement. SlimPay traite environ 10 millions d'euros d'encaissement par mois et compte une cinquantaine de clients e-commerçants. De son côté, WeXpay veut ouvrir l'e-commerce à tous ceux qui ne possèdent pas de carte bancaire ou qui n'ont pas confiance en la sécurité des paiements en ligne. Comment? En utilisant les espèces. Pour acheter en ligne, les internautes échangent une somme d'argent contre un ticket WeXpay, qui comporte un code unique à 16 chiffres. Ils doivent, pour cela, se rendre dans le réseau de points de change constitué par des diffuseurs de presse et des buralistes. Ce système est particulièrement adapté aux micropaiements.

Jérôme Traisnel (Fondateur de SlimPay): «La fuite des abonnés est un vrai problème pour les marchands. »

Jérôme Traisnel (Fondateur de SlimPay): «La fuite des abonnés est un vrai problème pour les marchands. »

Le SCT et le SDD remplacent progressivement les virements et prélèvements nationaux. Après la date butoir du 1er février 2014, ils seront les seuls utilisables.

... et améliorer l'expérience d'achat

Autre établissement de paiement agréé: Rentabiliweb. Le groupe offre un service baptisé Be2Bill, qui permet aux e-commerçants de connaître les raisons des échecs de paiement des internautes. Il propose alors un moyen alternatif afin qu'ils n'abandonnent pas leur panier. D'autres établissements proposent aussi des cartes cadeaux, des cartes prépayées et même postpayées. C'est le cas d'Aqoba. Grâce à sa solution, les clients du site de paris en ligne Zeturf peuvent presque immédiatement retirer leurs gains en espèces dans n'importe quel distributeur du réseau Mastercard, grâce à une carte spécifique baptisée Zecash. Up&net, en cours d'agrément, mise, lui, sur le paiement en un clic, et a développé une API en marque blanche. «L'expérience d'achat doit changer pour répondre aux nouveaux enjeux de le et du m-commerce», affirme Florent Guibert, président du directoire Up&Net. Le marché est, on le voit, en pleine ébullition. Harmonisés, innovants et concurrentiels, les nouveaux instruments et moyens de paiement vont sans nul doute profiter aux e-commerçants et donc aux consommateurs. Chaque acheteur en ligne aura bientôt accès à une solution de paiement réellement adaptée à ses besoins et au support qu'il utilise...