Marketing Magazine N°126 - 01/11/2008 - Grégory Pouy
La publicité use et abuse des clichés homosexuels. Mais à trop - et mal - vouloir séduire cette cible facilement associée à un fort pouvoir d'achat, ne risque-t-on pas de détourner l'ensemble des consommateurs?
La publicité joue un véritable rôle social dans la mesure où elle permet de faire évoluer les mentalités sur des sujets du quotidien. Ainsi, il y a encore peu, le monde de la publicité était 100% hétérosexuel, situation qui a graduellement évolué. Signe d'une intégration de la communauté gay et par conséquent de son acceptation? La réalité ne semble pas si claire. Au départ, l'homosexualité était uniquement utilisée dans les publicités de prévention contre les maladies sexuellement transmissibles ou par les organismes militant pour l'égalité sociale. Puis, les marques plus généralistes se sont emparées du phénomène gay alors qu'il devenait «tendance». Pourtant, sans volontairement être homophobes, ces publicités ont enfermé les homosexuels dans un contraste avec les hétérosexuels. Rien d'étonnant, au fond, puisque notre société a toujours joué sur l'opposition hommes/femmes, essayant de faire rentrer chacun dans des cases communément acceptées.

«Sans le vouloir, ces publicités ont enfermé les homosexuels dans un contraste avec les hétérosexuels.»
Les homosexuels se sont alors vus représentés en «drama queens», incapables d'avoir des réactions mesurées, ou en bodybuildés soignés et égocentriques. S'il est vrai que les homosexuels prennent généralement plus soin d'eux, l'univers du luxe use et abuse de ces éphèbes musclés de manière très ambiguë en les figeant dans des poses lascives, mais sans jamais aborder clairement leur sexualité. De plus, pour la plupart de ces caricatures au goût douteux, «homosexualité» est synonyme de «masculin». En effet, les lesbiennes ne sont peu ou pas évoquées et apparaissent presque uniquement dans les publicités militantes. Il s'agit pourtant d'une niche particulièrement intéressante, elle aussi.
On sent donc clairement l'opportunisme maladroit qui vise à séduire une cible à fort pouvoir d'achat: des hommes considérés comme célibataires et sans enfant. D'ailleurs, en ouvrant un magazine dédié à la communauté gay, on réalise rapidement que les publicitaires manquent d'imagination et choisissent des personnes au physique avantageux, tous muscles dehors, que ce soit pour vendre une chemise ou un parfum pour chien... Certes, on pourra argumenter en se disant qu'il faut accepter que la publicité aille à l'essentiel sans laisser place à la nuance. Après tout, les idées doivent être vendues en une page seulement ou en 30 secondes chrono.
Mais quel intérêt d'utiliser l'image de l'homo pour s'en moquer ou admirer un corps d'athlète? Heureusement, sur l'initiative des associations luttant contre les maladies sexuellement transmissibles, quelques marques comme MTV, Guinness, Absolut, Hyundai ou encore Levi's commencent à comprendre la nécessité d'adapter réellement leurs messages à cette cible. Ces marques produisent des spots dédiés à ces communautés en leur délivrant un message bien spécifique. On ne se moque pas, on ne «ghettoïse» pas et on accepte la différence avec respect, tout simplement.
En publicité, il s'agit de sortir des clichés, notamment vis-à-vis des homosexuels.
Il est clair qu'ici la publicité ne joue pas son rôle social et se trouve simplement suiveuse et opportuniste. Evidemment, la publicité a toujours utilisé les caricatures pour vendre: des blondes écervelées en passant par les Noirs qui courent vite ou encore les parfaites ménagères. Les homosexuels ne sont pas les seules victimes de ces préjugés et il faut reconnaître que ces publicités sont majoritairement efficaces, car elles font appel à des lieux communs. Cependant, les marques auraient plus qu'intérêt à prendre en considération - lorsque cela s'avère pertinent - les homosexuels et les minorités de manière générale, de les micro cibler avec des messages spécifiques, qui se montreront d'autant plus efficaces.
GREGORY POUY, STRATEGY AND COMMUNICATION DIRECTOR, VANKSEN GROUP
Fichiers postaux, E-mail, Asile-Colis, Télémarketing... les professionnels du secteur vous proposent leurs services.
Espace de libre expression sur tous les thèmes de votre univers profesionnel.
ConsulterFotolia lève 150 millions de dollars auprès de KKR
Il est fort logique qu'un investisseur soit prêt à investir dans Fotolia. Ce dernier, en spoliant tous ses contributeurs (ils payent quelques ...
Cedric Jacquet - 23/05/2012
L'Espagne et l'Italie sont-elles accessibles aux e-commerçants français ?
A lecture de votre article on comprend bien la problématique des leaders du E-commerce français et on peut conclure que ces marchés ne sont pas ...
Olivier Amsallem - 23/05/2012
Nous sommes à 4 jours du délai maximum de livraison (60 jours). Je n'ai aucune info concernant l'expédition du produit, la commande est et reste ...
Maximus - 22/05/2012
Organisée par E-commerce Le Magazine Formations
8 ETAPES POUR REUSSIR SON PROJET E-COMMERCE
Animée par Philippe Le Bot et Vincent Vantilcke, spécialistes de la stratégie digitale,
et du marketing online
Rendez-vous à Paris,
les jeudi 28 & vendredi 29 juin 2012
Commentaires des lecteurs (1)
JDG - 13/12/2008
pourquoi homosexuels?
Je m'étonne de la caractérisation 'homosexuel" des publicités de luxe avec des hommes disons nus ou à moitié nus. Ces beaux "éphèbes" au torse musculeux ne sont-ils pas là pour plaire aux femmes, tout comme l'industrie du luxe - et d'autres - nous inonde de femmes nues?
Considérez-vous que les femmes dénudés sont là pour le public lesbien? votre article ne l'évoque pas.
Je trouve personnellement positif que l'on sorte de la femme unique symbole de la sexualité, pour une pure question d'égalité. A défaut de supprimer la nudité féminine - largement majoritaire - de la publicité, ce qui serait peut-être trop puritain, on peut au moins chercher l'égalité homme-femme dans les publicités actuelles.
Réagir à ce commentaire
Signaler un abus