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"On ne peut pas vendre une paire de lunettes comme une paire de chaussures sur Internet", Philippe Wargnier (Evioo)

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Homme de marketing et de la grande distribution, Philippe Wargnier abandonne tout pour se lancer dans le grand bain de l'entrepre­neuriat. Passionné, il ne pointe pas moins les difficultés à se financer.

'On ne peut pas vendre une paire de lunettes comme une paire de chaussures sur Internet', Philippe Wargnier (Evioo)

"Difficile de tout dire en une page, non?", lance en boutade Philippe Wargnier, fondateur de la start-up Evioo. Cet entrepreneur de 57 ans, à la tête d'un concept d'opticien "phygital ", a un CV impressionnant: consultant dans la grande consommation à ses débuts, il crée ensuite la fonction ­marketing pour les 40 filières d'achat du groupement Intermarché. Avant qu'il ne s'oriente vers la distribution spécialisée, d'abord chez Extrapole-Virgin comme directeur commercial et marketing, puis chez Go Sport comme dg du groupe. Il devient ensuite président et cofondateur de Spartoo.com, spécialisé dans la vente des chaussures en ligne.

Un parcours professionnel à 360° pour ce touche-à-tout qui qualifie son ancienne vie professionnelle dans des postes établis de " prison dorée". Car Philippe Wargnier a le virus de l'entrepreneuriat. Son aventure chez Spartoo l'emmène vivre en 2005 à Grenoble. "Après Spartoo, j'ai eu envie d'un projet plus personnel, ­toujours sur le Web. Mais pour réussir dans ce secteur, il faut s'attaquer à un marché avec un ­panier moyen élevé et un bon niveau de marge: ­ l'optique remplit ces deux critères", souligne le dirigeant. C'est ainsi que naît Evioo en 2010.

Le phygital, une nécessité

Au départ, l'activité démarre par la vente de lunettes de soleil aux particuliers mais ne ­décolle pas. Philippe Wargnier change alors de cap et mise sur l'optique avec un concept web-to-store par le biais de la recommandation morphologique grâce à l'intelligence ­artificielle. Il s'appuie pour lancer son concept sur un réseau partenaire de 400 opticiens. Evioo lance fin 2015 cinq boutiques "phygitales " dans des corners de pharmacie ou des kiosques de centres commerciaux. "Je n'ai jamais cru qu'on pouvait vendre une paire de lunettes comme une paire de chaussures sur Internet. Les acteurs qui s'y sont essayés ont connu un échec cuisant", souligne-t-il.

Malgré un chiffre d'affaires de 800000 euros en 2016, la start-up de dix collaborateurs manque de fonds pour se développer sous forme de franchise en France et à l'international. " L'objectif à cinq ans est d'avoir une centaine de boutiques et d'atteindre les 10 millions d'euros de CA pour être bénéficiaire." Le Grenoblois pointe la difficulté pour un start-upper de financer la croissance de son projet. " On marche sur la tête! Je passe plus de temps à convaincre des investisseurs de mettre de l'argent dans ma start-up qu'à m'occuper de celle-ci, juge-t-il. Les fonds d'investissement préfèrent payer plus cher des entreprises qui ont déjà atteint leur point d'équilibre plutôt que de financer le capital-risque. Il y a un vrai ­paradoxe à encourager les jeunes à lancer leurs start-up quand bien même l'idée est bonne" , alerte-t-il.

INTERVIEW CAFÉ CROISSANT

Quelles sont vos sources d'information au p'tit déj'?

Je suis très radio, le plus souvent je suis branché sur la matinale de France Culture, et de temps en temps j'écoute France Inter pour changer un peu.
Quels sont vos twittos préférés?

Je ne suis pas un grand fan de Twitter d'un point de vue personnel. Nous sommes submergés de tout et n'importe quoi sur les réseaux numériques. Nous avons pu voir les limites de Twitter durant cette élection présidentielle avec toute cette désinformation, ce manque d'objectivité, etc. Il faudrait mettre de l'ordre, notamment dans la modération des commentaires haineux.
Quelle est votre dernière emplette high-tech?

Mon iPhone 6! Je n'avais pas la 4G ­par­­tout avec mon dernier smartphone.

Pour aller plus loin:

[Étude de cas] Evioo, une marque 100% phygitale

Dalila Bouaziz