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[Interview] " Avec l'intelligence artificielle, on entre dans l'ère du marketing data driven "

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Directeur de l'institut de l'Internet du multimédia, Jean-Claude Heudin livre sa définition de l'intelligence artificielle. Quelles peurs peut-elle générer ? Quelles sont ses limites ? Mais surtout, que peut-elle apporter au marketing ? Réponses.

[Interview] ' Avec l'intelligence artificielle, on entre dans l'ère du marketing data driven '
  • Pourquoi vous intéressez-vous à l'intelligence artificielle ?

En tant que scientifique d'intérêt et de formation, cela fait partie de mon ADN de m'interroger sur l'émergence de l'intelligence et de la conscience et essayer de créer des systèmes intelligents artificiels (avec les applications dédiées).

  • Quelle est votre définition de l'intelligence artificielle ?

C'est de mettre de l'intelligence dans les machines. Mais l'IA est plus vaste que le modèle humain. Aujourd'hui, utiliser le modèle des insectes sociaux (comme les fourmis ou les abeilles) pour faire des algorithmes qui règlent certains problèmes est une alternative à la reproduction de l'intelligence humaine.

  • Faut-il avoir peur des robots, créatures et autres avatars ?

C'est un réflexe classique en IA et en ­robotique. Il y a une culture religieuse qui interdit la création d'êtres artificiels et les révolutions technologiques ont toujours suscité des questionnements.

Aujourd'hui, nous sommes dans une ­nouvelle poussée de cette thématique. Michel Serre parle de troisième révolution, après l'écriture et l'imprimerie. Nous sommes en période de changement de monde. Mais la fin de l'humanité n'est pas pour demain !

  • Le marketing digital commence à s'intéresser à l'IA. Que peut-elle apporter au marketing ?

Si on se réfère aux avancées récentes en machine learning, cela concerne le ­marketing prédictif. L'IA apporte aux ­acteurs du marketing la capacité d'apprendre, de reconnaître et de déceler des profils qui se répètent et qui, bien exploités, peuvent servir une stratégie marketing. Il est possible de déceler dans un grand volume de données, générées par les nombreuses interactions d'une communauté d'acheteurs, des profils intéressants. Mais au-delà, l'IA permet aussi de construire une relation plus personnalisée et d'améliorer la relation client en instaurant un dialogue intuitif.

  • Beaucoup d'applications apparaissent autour de ce sujet. Diriez-vous que l'IA a fait son entrée dans le digital ?

On assiste à une démocratisation des applications car de grandes sociétés comme Facebook, Google et IBM investissent fortement dans ce domaine. À terme, des entreprises spécialisées vont utiliser ces outils. Aujourd'hui, une entreprise commencer à imaginer et mettre en oeuvre des applications, à condition de s'entourer de data scientists et de marketeurs nouvelle génération. Au sein de l'école, nous réfléchissons au lancement d'une formation "Digital marketing, data science et machine Learning" pour suivre cette évolution.

  • Comment définissez-vous l'immortalité numérique ?

Je le définis sous deux aspects. En tant qu'individu, nous laissons des traces numériques persistantes. C'est notre personnalité numérique, de type Facebook. D'autres pensent que l'immortalité est atteignable par les voies du digital via l'uploading du cerveau dans une machine. De nombreux travaux sont menés aux États-Unis sur le génie génétique.

  • À quoi ressemblera le commerce digital du futur ?

Les transactions vont se multiplier sur mobile, accompagnées par des agents ­intelligents qui vont comparer les prix, analyser les recommandations, pour ­faciliter le parcours d'achat. Côté professionnels, ils vont pouvoir tirer parti de toutes ces données. Le commerce d'un nouveau genre se dessine déjà : au Japon, Pepper, le robot humanoïde d'Aldebaran a fait son apparition dans les agences SoftBank comme agent d'accueil... On va voir apparaître de gros smartphones à roulettes sur lesquels les clients pourront télécharger des applications (agent accueil, guide du visiteur...). Nous sommes entrés dans l'ère du marketing data driven. Ce qui permet de suivre au plus près les évolutions des comportements des consommateurs.

  • Y a-t-il des limites à cette robotisation des transactions ?

Oui, car comme tout système humain, la prédiction est de courte durée. C'est un système complexe en constante évolution. Il ne faut pas en attendre des miracles.

Mini bio

Jean-Claude Heudin est directeur de l'Institut de l'Internet du multimédia. Il est l'auteur de nombreux articles scientifiques au niveau international ainsi que de plusieurs ouvrages dans les domaines de l'intelligence artificielle et des sciences de la complexité dont Les Créatures artificielles et Robots & Avatars aux éditions Odile Jacob, Les trois Lois de la robotique et Immortalité numérique aux éditions Science eBook.



Mot clés :

M.-J. L.