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Teddy Pellerin (Heetch):"Nous voulons faire évoluer le secteur de la mobilité partagée"

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Teddy Pellerin, cofondateur du service de mobilité partagée Heetch, revient sur le lancement de La Base, la nouvelle offre de la start-up, et plaide pour une redéfinition du covoiturage.

Teddy Pellerin (Heetch):'Nous voulons faire évoluer le secteur de la mobilité partagée'

  • Après la fermeture par le tribunal correctionnel du service assuré par des particuliers, Heetch, qui avait conservé son offre pro, lance La Base. Pouvez-vous revenir sur le contexte qui a mené à cette nouvelle offre?

Depuis le lancement de Heetch, nous proposions une offre entre particuliers, le partage de frais étant limité à 6000 euros par an pour les chauffeurs. Ces derniers percevaient en moyenne 1700 euros annuels. Le tribunal correctionnel a estimé que cela ne correspondait pas à du covoiturage car le conducteur devait choisir la destination en amont et non accepter ou refuser la suggestion du passager.

Nous n'avons pas arrêté la première offre, elle est suspendue pour l'instant.

Le contexte réglementaire est assez instable et peu clair aujourd'hui. Nous avons donc décidé de faire appel de cette décision.

Lorsque nous avons dû cesser la première formule, nous avons passé quelques semaines sans aucune offre, puis nous avons décidé de lancer, le 16 mars, une offre professionnelle avec des chauffeurs VTC et, courant mai, La Base, une offre entre particuliers adaptée à la décision juridique. Les conducteurs indiquent leur destination dès leur connexion et ne peuvent accepter que des demandes allant dans cette direction.

La Base n'est pas la meilleure offre possible pour répondre au besoin des jeunes en termes de transports de nuit. La mise en relation en temps réel pour des personnes allant dans la même direction nécessite des volumes énormes. Cela ne nous permet pas d'absorber les pics d'activité des vendredis et dimanches soirs. Il nous est impossible d'être complètement fiables sur les zones les moins denses.

  • Espérez-vous une évolution de la loi concernant ce service?

Une étude a été réalisée par la Commission européenne, qui distinguait trois types de mobilité partagée: la mobilité professionnelle (des chauffeurs pro emmènent des particuliers), le covoiturage (partager un trajet qui aurait eu lieu de toute façon) et une mobilité partagée entre particuliers qui ne correspond pas à la définition historique du covoiturage.

Nos conducteurs, dans le cadre de notre première formule, refusaient 75% des demandes, ils acceptaient donc des demandes qui leur permettaient d'aller dans une direction où ils souhaitaient se rendre.

Pour le développement de la mobilité partagée, il faudra un jour accepter l'idée que les demandes puissent émaner des passagers. Sur les zones les moins denses, notamment en banlieue, la demande n'est pas suffisante pour attirer des professionnels ou développer des offres de transport en commun, il faut donc se pencher sur ces conducteurs prêts à faire un tour d'une ou deux heures près de chez eux, qui leur donnent l'occasion de se rendre ensuite chez un ami, par exemple.

Nous espérons donc ainsi continuer de discuter avec les autorités pour faire évoluer la mobilité partagée.

  • Quelles sont les modalités de cette offre (La Base), notamment concernant le paiement?

Les conducteurs de La Base se connectent, donnent une adresse d'arrivée et choisissent une indemnité kilométrique (20, 40 ou 60 centimes d'euro par kilomètre). Ils précisent également s'ils acceptent les petits détours.

Les passagers indiquent leurs points de départ et d'arrivée sur l'application Heetch et voient s'afficher un prix maximum. Si le chauffeur a demandé une indemnité plus basse, la facture est recalculée à la fin du trajet. Le montant peut être réglé en liquide ou en carte bancaire.

Un particulier n'est pas prêt à faire un détour pour prendre un passager inconnu pour un euro. BlaBlaCar, par exemple, rémunère un conducteur environ 10 centimes d'euros le kilomètre. Ce qui fonctionne sur les longues distances mais moins sur les courtes, car l'inconvénient pour le conducteur est le même.

Enfin, Heetch prend une commission de 12% sur l'offre Pro (contre 22 à 25% pour les concurrents VTC) et de trois euros par trajet pour La Base.

  • Que mettez-vous en oeuvre pour éviter les maraudes et demeurer dans les bornes du covoiturage?

On ne nous a pas reproché de faire de la maraude mais simplement de ne pas indiquer d'adresse d'arrivée en amont du trajet. La maraude consiste à attendre les courses dans la rue.

Avec la Base, nos chauffeurs sont limités à deux destinations par nuit. Nous contestons la décision du tribunal mais la respectons tout de même via cette nouvelle offre.

  • Quels sont vos objectifs et espoirs pour l'année à venir? Prévoyez-vous de nouveaux investissements?

Notre premier objectif est de sauver l'entreprise. Heetch compte 60 employés. Jusqu'au 2 mars, nous étions à peu près à l'équilibre: nous gagnions et dépensions environ 600000 euros par mois. Après cette date, nos frais restaient les mêmes, pour un revenu nul. Grâce à l'offre Pro et La Base, ce chiffre progresse mais nous n'arrivons pas à 600000 euros par mois. Nous prévoyons d'être à l'équilibre d'ici à la fin de l'année.

En parallèle, nous espérons pouvoir avancer sur l'évolution de la mobilité partagée et, de manière plus générale, sur le secteur de l'économie du partage, grâce à un cadre clair. Nous gardons l'espoir de rouvrir notre ancien service, peut-être avec des règles un peu différentes.

Enfin, nous désirons continuer notre développement à l'international. Nous sommes présents en Italie, en Belgique et en Suède. Nous sommes encore sur l'ancienne offre dans ces pays.

En Europe, aucun pays n'a de réglementation très claire sur l'économie du partage, sauf en Belgique, à la différence des États-Unis, de la Chine et de l'Australie. La Commission européenne pousse pour créer un seuil annuel global pour distinguer ces revenus d'une activité professionnelle.

En Belgique, la loi De Croo, sortie l'an dernier, donne un cadre fiscal à l'économie du partage: un particulier peut gagner jusqu'à 5000 euros par an, toutes plateformes collaboratives confondues, avec une taxe de 10% prélevée par les plateformes et reversée à l'État. Cependant, il s'agit d'une loi fédérale, qui peut être contestée par le gouvernement de chaque région.