Le visage du Web de demain en cinq tendances

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Dans le cadre du Forum Netexplo qui s'est déroulé à l'Unesco, le sociologue Bernard Cathelat a livré sa vision des cinq grandes tendances qui contribuent à dessiner les contours de l'Internet de demain.

Le visage du Web de demain en cinq tendances

Les 15 et 16 mars 2012 a eu lieu le Forum Netexplo avec le soutien de l’Unesco (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, le science et la culture), au sein du très prestigieux siège de l’organisation, situé dans le 7e arrondissement de Paris. Plus de 1 000 décideurs économiques, politiques et médiatiques, se sont réunis afin de découvrir les initiatives mondiales numériques les plus prometteuses dans la construction de l’Internet de demain. L’occasion de faire le point sur les tendances fortes du Web, vues par le sociologue Bernard Cathelat, qui s’est livré à un décryptage minutieux des innovations les plus marquantes de l’année écoulée. Replacées dans une perspective plus large des mutations des styles de vie, des mentalités et des comportements des individus et des organisations, ces tendances laissent présager un nouveau visage du Web, sous étroite surveillance. 


Les cinq tendances fortes du Web de demain :

- Track & Profile 
- Cristal World 
- ID drama 
- Sway Capital 
- Match Marketing

  • "Track & Profile", vers un monde d’omnisurveillance

Géotracking physique, tracking comportemental, tracking des seniors, tracking humanitaire, tracking écologique, tracking au travail, tracking sur les réseaux sociaux… suivre les individus ou les internautes, autant sur un plan physique que psychologique, est une tendance fondamentale, qui amène vers un monde digital (et réel) sous omnisurveillance. "Cette tendance sera incontournable et posera des questions de vie privée", assure le sociologue Bernard Cathelat. Les sociétés du Web jouent ici sur un double pouvoir : celui de "big brother", qui entend tout, voit tout, sait tout, analyse tout, et soulève par conséquent des questions d’intrusion dans la vie privée des individus, et celui du "godfather", sorte de parrain bienveillant qui ne nourrit aucune autre ambition que de mieux connaître les internautes, pour mieux les servir, et leur proposer des réponses (des produits ou des services) adaptées à leurs "véritables" besoins. Le "track & profile" est la tendance socle des autres trends.

  • "Cristal World", vers un monde de transparence

Il s’agit d’une conséquence directe de la tendance précédente : un monde emprunt de transparence. "Nous sommes passés d’un monde réel où la vie privée avait toute sa place, à un exhibitionnisme virtuel", explique le sociologue Bernard Cathelat. Cela donne naissance à de nouvelles réalités virtuelles, comme en atteste le site chilien "Poderopédia", une base de données enregistrant les relations et les liens entre politiques et personnages influents du monde des affaires. Ou encore le site "Guttenplag", recensant les documents ayant fait l’objet de plagiat. "Si la transparence devient le mot d’ordre, elle pourrait tendre vers la création d’une base de données universelle".

  • "ID drama", le combat autour des identités

Confrontés à une exigence de transparence toujours plus forte, certains internautes se créent plusieurs identités sur la Toile, passant de l’une à l’autre selon les intérêts poursuivis. Serait-ce la naissance d’une schizophrénie virtuelle ? Quoi qu’il en soit, l’internaute a toute la liberté de se subdiviser dans un jeu de rôles constant, grâce à des identités numériques flexibles, remodelables : c’est la tendance Multi-Id. Ainsi, le réseau social "Hibe" propose quatre pages pour chacun de ses membres correspondant à la famille, les amis, les collègues de travail ainsi qu’un profil de recherche d'emploi. Face à celle-ci, une autre possibilité voit le jour, davantage soutenue par les institutions : l’identité unique biométrique, délivrée pour toute une vie, c’est la tendance Mono-Id.

  • "Sway Capital", le marché des relations

Les réseaux sociaux, depuis leur création, n’ont eu de cesse de se renouveler et d’impacter les usages des internautes. Autrefois basés sur le mythe d’une fraternité virtuelle désintéressée, "ils sont aujourd’hui des médias de ciblage, dont l’idée centrale est de vendre le profil des membres aux entreprises", convient le sociologue Bernard Cathelat. En outre, dans un monde dont la compétitivité entre les individus ne cesse de grandir, les réseaux sociaux imposent d’afficher une identité forte d’influenceur et de leader d’opinions. Avec une notoriété et un succès plus rapide et facile à acquérir dans le monde virtuel que dans le monde réel. Le carnet d’adresse des réseaux sociaux devient une valorisation personnelle incontournable et monétisable : c’est la marchandisation assumée des relations humaines. Un exemple en entreprise, avec Silk Road Point, la première plateforme RH de gestion des talents, des réseaux sociaux et de collaboration, mesurant également l’influence de chaque contributeur au sein de l’entreprise.

  • "Match Marketing", le commerce one to one

Nul n’est sensé ignorer cette tendance forte du commerce et de l’e-commerce qui consiste à progressivement passer d’un marketing de masse à un marketing personnalisé. Il s’agit de la tendance au "match marketing", ou plutôt à faire concorder les offres des marchands avec les attentes et les besoins des clients. Celle-ci comporte en revanche une inconnue de taille : la réaction du consommateur face à des offres ultra-personnalisées, nécessitant forcément un niveau de connaissance très poussée du client, et donc d’avoir en sa possession de très nombreuses informations sur lui.

Toutes ces tendances soulèvent de nombreuses questions quant au respect de la vie privée des internautes. Bernard Cathelat est clair sur le sujet : "la question est de savoir jusqu'où aller pour ne pas susciter de réactions de rejets. Plus les entreprises en savent sur leurs clients, plus ces derniers exigeront de la transparence en retour". Au risque d'assister à l'explosion de phénomènes du type Anonymous ou Wikileaks. Les sociétés du web, à n'en pas douter, vont devoir réaliser des choix stratégiques quant à l'utilisation de la palette d'outils numériques dont elle disposent.

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