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Le "bad-buzz" des acteurs de la livraison

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L'Autorité de la Concurrence inflige une forte amende à 20 acteurs du secteur de la livraison de colis. En cause notamment : une "entente" sur des hausses tarifaires annuelles.

Le 'bad-buzz' des acteurs de la livraison

En plein rush de fin d'année, le secteur de la livraison se retrouve sous les feux des projecteurs pour une bien mauvaise raison. Dans une décision rendue le 15 décembre, l'Autorité de la Concurrence explique avoir condamné 20 de ses acteurs à régler une amende se chiffrant, au global, à 672,3 M d'euros. Une sanction exemplaire - la deuxième la plus importante jamais infligée par l'organisme - relative à deux affaires distinctes.

"Des tours de table étaient régulièrement organisés"

Représentant à elle seule 670 M d'euros, la première et principale porte notamment sur une entente entre concurrents sur les les hausses tarifaires annuelles.

" Des tours de table étaient régulièrement organisés en amont et en aval des campagnes de revalorisation tarifaire, ce qui permettait aux entreprises d'homogénéiser leurs demandes tarifaires et de sécuriser leurs négociations commerciales. Les discussions étaient tenues secrètes et ne faisaient l'objet d'aucun compte rendu officiel. " détaille l'Autorité de la Concurrence dans un communiqué publié sur son site Internet. Détail aggravant : "Ces échanges ont été complétés, en ce qui concerne certaines entreprises, par des échanges bilatéraux ou multilatéraux" poursuit le communiqué.

La liste exhaustive des entreprises incriminées se lit comme un abécédaire des forces en présence sur le secteur : Alloin, BMVirolle, Chronopost, Exapaq (devenue DPD France), Ciblex, Dachser France, DHL Express France, FedEx Express France, Gefco, Geodis, GLS France, Heppner, Lambert et Valette, XP France, Norbert Dentressangle Distribution, Normatrans, Schenker-Joyau (devenue Schenker France), TNT Express France, Transports Henri Ducros, Ziegler France.

"Le cartel des 8"

Néanmoins et comme en témoigne la grande disparité entre les pénalités demandées à l'encontre des parties prenantes (voir tableau ci-dessous), l'Autorité de la Concurrence fait peser des responsabilités diverses sur chacune, soulignant l'influence néfaste exercée de par leur taille même par les plus gros opérateurs du marché sur les plus petits. Au nombre de huit, les meneurs du "cartel de la livraison" (Geodis, Chronopost/Exapaq (devenue DPD France), DHL, TNT, Mory, Dachser, Heppner et GLSainsi) sont pointés du doigt pour avoir ainsi dicté les termes d'une entente à laquelle il était "bien difficile pour les [plus petites] entreprises d'échapper".

De moindre envergure, la deuxième affaire qui fait l'objet d'une amende totale de 1,4 M d'euros a trait, quant à elle, à la définition d'une méthode commune de répercussion d'une " surcharge gazole ". 15 acteurs sont cités dans ce cadre. On retrouve Alloin, Chronopost, Exapaq (devenue DPD France), Dachser, DHL, Gefco, GLS France, Heppner, Lambert et Valette, XP France, Normatrans, Schenker-Joyau (devenue Schenker France), TNT Express, Henri Ducros et Ziegler

Tableau récapitulatif des sanctions au titre des deux griefs (entente sur la surcharge gazole et entente sur les hausses tarifaires) avant et après prise en compte de la capacité contributive

Le secteur du e-commerce impacté

Portées à la connaissance de l'Autorité de la Concurrence par le biais de la procédure de Clémence, qui garantit l'immunité totale ou partielle du " lanceur d'alerte " impliqué dans de telles actions, ces affaires concernent une période de temps étalée entre 2004 - 2010. Une antériorité qui ne suffit pas à laver les dommages causés sur le tissu économique français et, en chef lieu, le secteur du e-commerce. Pesant au global 8,5 Mds d'euros au moment des faits, le secteur de la livraison de colis a en effet grossi au gré de la montée en popularité des ventes par Internet. "La majorité des opérateurs du e-commerce sollicite de plus en plus les services des entreprises de messagerie comme en témoignent les ventes en ligne de biens et services qui ont été, en valeur, multipliées par plus de cinq entre 2005 et 2012" note sur ce point l'Autorité de la Concurrence.