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Denis Gaultier (Cards Off) : "SEPA va fluidifier les paiements en Europe"

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À compter du 1er février 2014, les virements et les prélèvements en Europe devront tous avoir migré vers le SEPA, l'espace unique de paiement en euro. Explications de Denis Gaultier, directeur général délégué de Cards Off, établissement de paiement spécialisé dans l'e-commerce.

Denis Gaultier (Cards Off) : 'SEPA va fluidifier les paiements en Europe'

Quelles sont les dates-clés de mise en place de SEPA à retenir ?
La plus importante est le 1er février 2014, date à laquelle les prélèvements et les virements nationaux devront avoir été retirés au profit des paiements SEPA. À compter de cette date, le prélèvement européen SDD (SEPA Direct Credit) et le virement européen SCT (SEPA Credit Transfer) les auront remplacés dans l’espace SEPA. Les formats de fichiers mais aussi les contenus d’information des paiements seront harmonisés au niveau européen. Cette mise en place a été sans cesse repoussée sous la pression des banques françaises, qui se sont installées dans une situation de défense des paiements nationaux. L’autre date-clé est le 1er octobre 2012. Ce jour-là, le coût d’interchange, dans le cadre d’un prélèvement de banque à banque, va diminuer de moitié, en passant de 0,122 € à 0,061 €. Cette surcharge ubuesque que l’on fait peser sur l’entreprise est une spécificité française qui engendre des coûts prohibitifs. Dans le cadre d’un micropaiement à 5 €, si l’on ajoute le coût actuel de l’interchange à la charge que la banque va prélever, le marchand doit s’acquitter d’un peu plus de 10 % de la transaction. Pour des paiements transnationaux, depuis une banque étrangère vers une banque française, ce coût n’existe pas. Il y a donc une distorsion de concurrence. Au 1er octobre, cette commission d’interchange va être diminuée de moitié, mais cela restera une aberration économique en Europe.

Que représente le paiement européen aujourd’hui en France ?
Le SDD ne représente que 0,5 % des volumes des prélèvements, ce qui montre son côté dissuasif aujourd’hui. Plus facile à mettre en œuvre, le SCT représente 24,5 % des virements.

SEPA facilitera-t-il l’e-commerce transfrontalier ?
L’intérêt majeur, en effet, c’est l’ouverture européenne, dans la continuité de l’Euro et de l’aire de paiement unique, puis de la directive européenne sur le paiement qui a autorisé les établissements de paiement. C’est un vrai changement pour les commerçants et les consommateurs. De n’importe quel pays d’Europe, on va pouvoir commercer par le biais des paiements européens. Le Conseil européen des paiements (EPC) qui gère le SEPA dicte les règles qui se voient unifiées. Pour faire un virement, il suffira de connaître le compte européen IBAN du destinataire. On se souviendra qu’avant SEPA, pour des achats transfrontaliers, l’usage fréquent du “cash on delivery” pour les commerçants allemands faisait que des livreurs se déplaçaient avec du liquide sur eux et pouvaient se faire attaquer. Le SEPA va, entre autres, résoudre cela. L’autre nouveauté, c’est l’uniformisation de la protection du consommateur, qui est la nécessaire contrepartie à la fluidification des paiements. Si un prélèvement se fait de manière indue, le consommateur pourra se retourner vers la banque. Cela entraîne une plus grande fragilité du marchand : un acheteur indélicat pourrait demander l’inversion de son paiement pour de mauvaises raisons. Le marchand va devoir supporter ces risques.

L’une des nouveautés est aussi la validation des paiements par code PIN. Est-ce que ce sera obligatoire ?
Cela dépend des cas de figure. Quand il s’agit de faire un prélèvement sur le compte du consommateur, il faut un mandat de débit, ce qu’on appelle aujourd’hui l’autorisation de prélèvement, sous format papier ou électronique. Il est obligatoire de renseigner le numéro de mandat pour pouvoir effectuer le prélèvement. Quant au virement européen, il est immédiat et irrépudiable : on ne peut l’annuler. Le vrai enjeu est donc d’éviter que quiconque vienne récupérer les données bancaires et opère un virement depuis le compte usurpé de l’usager, par ce qu’on appelle par exemple le phishing. Aujourd’hui, 10 % de la population se fait prendre au piège du phishing. Il faut pouvoir prévoir des mécanismes pour qu’il y ait des barrières. Dans le cas d’une entreprise, un employé malveillant peut venir forcer un virement depuis le compte de l’entreprise. Celle-ci doit donc travailler à un encodage, une chose qu’elles savent bien faire aujourd’hui.

Est-ce que les marchands peuvent espérer une baisse des coûts du paiement transfrontalier ?
Il y aura un abaissement de la complexité, parce que nous parlerons tous le même langage. Donc il y aura mécaniquement un abaissement des coûts, grâce à l’unicité des échanges. Mais il faut être honnête, il va d’abord falloir investir. Les entreprises peuvent déléguer ce volet complexe du paiement européen à des établissements de paiement, dont Cards Off fait partie, qui maîtrisent ce métier-là. Il faut être notamment capable de dématérialiser les mandats de prélèvement, or un commerçant ne sait généralement pas bien faire cela. Plutôt que de mobiliser ses équipes informatiques, il sera souvent plus judicieux de s’adresser à un spécialiste. C’est aussi un moyen de temporiser, d’acquérir une expertise et une expérience, quitte à internaliser plus tard.