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[Interview] Bruno Durand, président de la commission nationale "e-commerce" à l'Aslog (Association française pour la logistique)

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Il n'y a pas une, mais des logistiques du e-commerce. Tel est le crédo de Bruno Durand de l'Aslog (Association française pour la logistique), expliqué dans cet entretien.

[Interview] Bruno Durand, président de la commission nationale 'e-commerce' à l'Aslog (Association française pour la logistique)

Pourquoi avoir fondé une commission "e-commerce" à l'ASLOG, quel est son objectif ?

La commission nationale " e-commerce et logistique " a été créée au printemps 2011. L'e-commerce se développe depuis une dizaine d'années et son activité s'intensifie depuis environ cinq ans. Notre objectif est d'identifier et de décrire les différents processus mis en oeuvre. Car il n'y a pas une logistique du e-commerce mais bien des logistiques, liées au type des produits traités.

Quelles sont vos actions ?

L'Aslog organise des rencontres en région avec les acteurs du secteur, l'idée étant d'échanger sur des expériences variées pour un enrichissement mutuel.

Nous nous apprêtons à publier un livre blanc - sans doute au cours de la SITL 2014 (Semaine Internationale du Transport et de la Logistique) en avril - qui dressera un état de l'art des logistiques du e-commerce par famille de produits.

Quelles sont ces grandes familles de produits identifiées comme ayant des besoins logistiques différents et que nous apprennent-elles ?

Nous avons notamment porté notre attention sur les familles "jeux et jouets", "culture" (éditorial et produits techniques), "épicerie alimentaire", "biens d'équipements de la maison", "textile - habillement" (y compris les chaussures), "bricolage" et "produits de luxe" (épicerie fine, parfumerie, cosmétique).

L'analyse par catégories nous renseigne sur les différents processus développés. Les différences s'observent ainsi au niveau de la préparation des commandes et de la livraison.

Selon le prix du produit, le coût logistique supportable est plus ou moins élevé. Par exemple, dans l'épicerie alimentaire, le coût logistique est fondamental et il est important de mettre en place des processus assez économiques. L'internaute commande en ligne auprès d'un distributeur de proximité. La distance à parcourir pour effectuer la livraison à domicile est courte, mais les produits sont volumineux (la taille de la commande peut représenter 2 ou 3 caddys). Un consommateur urbain non motorisé aura besoin d'être livré chez lui, parfois sur son palier. Au contraire en milieu semi-urbain, motorisé, il sera prêt à effectuer un petit détour par un drive situé quasiment sur son trajet "travail-domicile". La logistique doit donc s'adapter. Les enseignes de drive réalisent que ce service n'est pas toujours rentable aujourd'hui... La formule risque donc d'évoluer vers des systèmes davantage mécanisés...

Quelle est votre vision du métier d'e-logisticien ? Comment va-t-il évoluer ?

La tendance est à la mutualisation des entrepôts et du transport, les volumes étant très diffus. À l'exception des très gros e-commerçants (comme Amazon ou Vente Privée) qui gèrent leur logistique en interne, les e-commerçants sont de petits "faiseurs" qui méconnaissent les contraintes de la logistique ou qui ne savent pas bien les traiter. Leurs volumes de vente les conduisent donc à externaliser leurs opérations logistiques pour bénéficier de la mutualisation des prestations de stockage, préparation de commandes et expédition.

Comment régler la question du dernier kilomètre ?

Force est de constater que les volumes de colis à livrer sont en augmentation régulière. Un Français sur deux achète en ligne aujourd'hui. Or, la question de la gestion du dernier kilomètre n'est pas encore tout à fait réglée. L'activité des expressistes s'en trouve d'ailleurs modifiée. Des solutions apparaissent comme l'organisation de tournées hybrides B to B et B to C, le dépôt chez un tiers de confiance, l'externalisation du dernier kilomètre... De nouveaux acteurs apparaissent ainsi comme des compagnies de coursiers locaux, et on assiste à la création d'espaces logistiques urbains (ELU) - comme à Rennes ou à Toulouse -, des espaces qui servent de points d'entreposage et de retraits des colis.

· Maître de conférences en logistique & supply chain management, responsable du Master 2 "Logistique internationale" à l'Université de Nantes.