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Méthodologie

La boîte à outils du Design management
Chapitre IX : Articuler le design à l'outil industriel

Fiche 05 : Industrie, RSE et design

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  • Publié le 28 nov. 2017
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La boîte à outils du Design management

9 chapitres / 52 fiches

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Créer pour contribuer à un équilibre cohérent


En résumé

La responsabilité sociale des entreprises (ou RSE) est la déclinaison managériale du concept de développement durable défini à la fin des années 1980 (voir le rapport Brundtland). Cette stratégie volontaire se développe autour de trois dimensions : l'économie, l'environnement et le social. Concrètement cela signifie que l'entreprise cherche à contribuer à des objectifs sociaux et en faveur de la planète tout en générant des profits. En matière de nouveau produit, cela se traduit par l'éco-conception, le design équitable ou encore le co-design.

Pourquoi l'utiliser ?

Objectif

Intégrer la RSE dans la stratégie design conduit le manager à être vigilant (1) aux salariés, aux fournisseurs et aux clients, mais aussi au territoire local et à la société, (2) à la préservation de la planète aujourd'hui et demain et (3) au développement économique de toutes les parties-prenantes. Lors de la conception d'un produit, le design manager va chercher à réduire les effets nocifs tout au long de son cycle de vie. La comparaison entre plusieurs matériaux est faite tout en respectant les normes de sécurité, les coûts de fabrication et les performances attendues.

Contexte

  • Il est essentiel d'évaluer l'impact écologique de ce que l'homme crée et fabrique quel que soit le secteur industriel.
  • Un cas particulier est celui des organisations à haut risque et des ensembles technologiques complexes (chimie, nucléaire, aéronautique, transport ferroviaire et maritime), pour lesquelles ces réflexions sont incontournables (cf. la norme ISO/CEI27005 sur la gestion des risques liés au système d'information).

Comment l'utiliser ?

étapes

Le manager peut se poser des questions en utilisant les étapes du cycle de vie du produit :

  • Conception : Comment les salariés sont associés au développement des idées ?
  • Extraction des matières premières et consommation d'énergie : D'où viennent les matières ? Peut-on réduire le trajet entre le lieu d'extraction et l'usine ? Est-ce que les acteurs locaux sont sollicités ?
  • Fabrication : Quel est l'impact environnemental des matériaux retenus ? Pour limiter l'émission de dioxyde de carbone, il vaut mieux privilégier le bois plutôt que le métal. L'assemblage par collage peut s'avérer toxique pour l'homme et son recyclage est délicat, alors que le rivetage et le vissage facilitent le démontage et la réutilisation des pièces quand le produit final devient inutilisable. Quelle est la nature des composants et des matériaux (recyclés, recyclables, renouvelables, provenance...) ?
  • Transport : Quel est le coût énergétique ? Un camion réfrigéré est nécessaire pour les produits frais (viande, légumes, lait...) transportés au-delà de 80 km. Certaines entreprises font le choix de prendre un simple camion pour les petits trajets et limitent la consommation énergétique.
  • Usage : Quel est l'usage premier du produit ? Est-ce efficace ? Peut-on le détourner de son usage ?
  • Tri de fin de vie : Qu'est-il prévu par l'entreprise ? Peut-on recycler le produit ?

Méthodologie et conseils

  • Ne pas réduire la place de la RSE au niveau de la conception du produit.
  • Identifier les acteurs de l'éco-système (le législateur, les laboratoires de recherche, les politiques, les partenaires...).
Avantages
  • Penser le design à travers la RSE favorise une ouverture du processus design à l'ensemble des acteurs internes à l'organisation mais aussi au territoire local.
Précautions à prendre
  • Dans des secteurs technologiques complexes, la figure de l'ingénieur domine. Les acteurs ont tendance à trop se fier aux solutions techniques, alors qu'il est important de bien intégrer les dimensions humaines et organisationnelles dans le processus de conception du produit.

Comment être plus efficace ?

Parler d'éthique en design ?

L'éthique est de plus en plus prise en considération dans les processus de développement de nouveaux produits. Sans rentrer dans des débats philosophiques, les designers amènent un tel regard pour apprécier leur responsabilité vis-à-vis des humains et faciliter le " vivre ensemble " sur la même planète. Ainsi, une démarche éthique en design nécessite une analyse incluant le designer, le client, les spécifications du cahier des charges et les fonctions rendues par le produit. Cela se traduit par : la position du designer vis-à-vis de l'éthique (croyances personnelles, style de vie, spiritualité, éducation, politique, etc.), les projets que l'entreprise est prête à abandonner car contraires à son éthique, les choix faits sur les matériaux (origine, impact, fin de vie), et la définition de l'utilité du produit pour la société (une réponse à un problème social ou environnemental).

En outre, l'éthique se traduit à différents niveaux. Par exemple, le cadre de la propriété intellectuelle considère comme un délit le plagiat, l'entorse à la confidentialité, la contrefaçon, car cela est contraire au respect de l'intégrité des individus, et aussi des organisations, victimes de telles pratiques. Il est également illégal d'interdire l'accès à des lieux à certaines populations, comme les personnes en situation d'handicap. Certains matériaux sont désormais interdits à la vente comme l'ivoire.

Si ces cas sont régis par la loi, d'autres sont laissés à la discrétion de chacun et posent question. Imaginons une entreprise engagée dans le développement d'un nouveau produit qui constate que sa volonté de limiter son impact sur la planète et de trouver les compétences pertinentes, l'amène à travailler avec des acteurs éloignés de sa localisation et à ne pas participer autant qu'elle le voudrait au développement de son territoire. Doit-elle privilégier les effets sur les êtres humains ou sur la planète ? Comment peut-elle, quoi qu'il en soit, soutenir son territoire ? Par exemple, existe-t-il des programmes d'insertion des personnes éloignées du marché du travail ou des projets culturels pour les jeunes défavorisés ? Quelles actions concrètes peut-elle mettre en oeuvre ?

Pour dépasser ces questionnements, cette entreprise peut aussi repenser son business model. Peut-elle rendre son produit attractif (ajout de services, développer l'économie de la fonctionnalité ou la servicisation) pour sa cible même si le coût de fabrication est plus élevé ? Comment développer les compétences nécessaires à la conception du produit en local (partenariat avec des écoles, apprentissage, formation continue) ? L'adoption des modèles ouverts de l'innovation lui permettra également de s'enquérir auprès des parties-prenantes (salariés, consommateurs, fournisseurs, partenaires, citoyens) de leurs idées pour trouver un équilibre entre le social, l'économique et l'environnement. Toutes ces réflexions lui permettront de proposer un produit " éco-design " car respectueux de l'environnement, un produit de " design équitable " car favorable au partage de la valeur créée et un produit " co-designé " car ouvert aux idées des acteurs.

ILLUSTRATION : Bic, le stylo en plastique

Le stylo Bic est emblématique de la problématique de l'impact écologique des matériaux. Créé dans les années 1930, ce produit de grande consommation est accessible à tous et jetable. Il est le résultat d'un design simple, fonctionnel, qualitatif et abordable. Il permet de tracer un trait de 2 à 3 kilomètres. Mais, il est fait à la base de pétrole (5 grammes pour le corps transparent et le capuchon), auquel s'ajoutent le carbure de tungstène pour la bille et le cuivre et le nickel argenté pour la mine. Il s'en est vendu plus de 100 milliards ; son empreinte écologique est loin d'être neutre.

Pourtant, son faible prix permet à toute personne de pouvoir écrire et exprimer ses idées, ce qui est fondamental pour tout être humain. Pour tendre vers un équilibre entre les trois dimensions de la RSE, Bic développe des stylos à bille rechargeables et/ou fabriqués à partir de matières recyclées, voire biodégradables, comme le plastique recyclé ou l'amidon de maïs. Certains stylos sont désormais porteurs de l'écolabel NF 400 Instruments d'écriture. La démarche de RSE de BIC s'est ainsi traduite par de nouveaux processus de fabrication pour certains produits et des investissements dans de nouvelles technologies.

Bérangère SZOSTAK, François LENFANT