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Patrick Partouche > Président du directoire du groupe Partouche

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Déterminé à asseoir ses positions sur Internet, Partouche n'hésite pas à contester les monopoles d'état. Après la Commission européenne, le casinotier envisage de saisir le Conseil d'état. Le but : obtenir l'autorisation d'exercer ses activités dans un environnement légal

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Quel est votre rapport au jeu ?

Patrick Partouche : C'est toute ma vie. Je suis né dans le jeu et cela fait vingt-cinq ans que je baigne dans ce métier.

Vous-même, êtes-vous un joueur ?

P. P : En fait, je suis un commerçant particulier. Ce que je vends à mes clients, c'est de l'adrénaline. Mais, dans mon commerce, c'est lui qui fixe le prix du produit. Et puis, le jeu, c'est par excellence une activité à dimension humaine.

C'est-à-dire…

P. P : Une dimension humaine suprême parce que le jeu nous différencie de l'animal. En fait, cette activité est une combinaison d'inconscient collectif, de psychanalyse et de confrontation au hasard. Voilà pourquoi le jeu plaît tant.

Depuis toujours, l'activité de Casino Partouche s'exerce dans le monde réel. A quel moment votre regard s'est-il porté sur Internet ?

P. P : Dès 1996, quand j'ai vu apparaître les premiers jeux en ligne comme PartyGaming et autres sites de Las Vegas. Je me suis dit qu'il fallait rester attentif à ce média parce que, à l'époque, rien n'était encore envisageable dans la mesure où il n'y avait pas de dispositif de sécurisation des paiements en ligne, pas de haut débit, et surtout, très peu d'internautes. Pour autant, j'avais pressenti que ce serait un nouveau territoire pour la déclinaison de nos activités de jeux, et j'ai veillé à son évolution. De mon point de vue, Internet, c'est une passerelle dans mon dispositif. Un lien qui va me permettre de faire beaucoup d'analogies entre l'activité des casinos réels et les salles de jeux virtuelles. C'est un point de fusion entre deux mondes qui font le même métier et rien de plus.

L'enjeu du on line semble pourtant assez important si l'on considère que vous bataillez ferme pour obtenir enfin l'autorisation d'opérer sur les supports numériques ?

P. P : Et cette bataille, je l'ai déjà gagnée, intellectuellement du moins, et l'autorisation d'opérer en ligne va suivre.

C'est le but de votre recours en justice, j'imagine ?

P. P : Tout ce que je demande, c'est que l'on me traite de la même façon que mes copains de la FDJ et du PMU. Je ne vois pas pourquoi on m'interdirait ce que l'on autorise à d'autres. Ce marché qui croule sous la demande des joueurs pèse 12 Md$. D'ici trois ans, il représentera 20 Md$ sur le seul canal internet et nous, les casinotiers, nous devrions rester hors-jeu ? Comment se fait-il que la FDJ puisse faire jouer les internautes et pas moi ?

Je vous pose la question…

P. P : Parce que les jeux de hasard sont interdits en France. Sauf dérogation. En l'occurrence, la dérogation accordée à la FDJ se traduit par un monopole qui nous empêche d'exercer nos activités sur Internet. Un paradoxe lorsque l'on sait qu'il existe au bas mot au moins 2 000 sites de jeux recensés en France ! Entre-temps, le PMU lance des jeux sur téléphone mobile, la FDJ s'empare de l'iconographie des casinos et lance des jeux de type black jack ou poker d'as… Et moi, je vois tout ce monde-là s'installer dans mon jardin tandis que chez Partouche on ne peut toujours pas jouer aux jeux d'argent parce que la licence d'opérateur nous est refusée. Insensé ! Le seul argument que je puisse accepter, à la limite, serait l'interdiction totale, pour tous. Ce qui serait absurde sur Internet puisque, sur ce média, les frontières nationales n'existent pas.

Et aujourd'hui, pour régler cette question, vous avez décidé de briser ces monopoles ?

P. P : Pour tout vous dire, je me moque du monopole de la FDJ ou du Pari mutuel urbain, ce qui m'intéresse, c'est de pouvoir étendre mes activités légalement sur ce canal et je le ferai. Comme je viens de l'annoncer à la presse, Partouche sera opérateur d'ici décembre prochain, quitte à obtenir une licence à Gibraltar si la France devait s'obstiner à nous la refuser.

Entre-temps, via le Syndicat des casinos modernes de France, vous avez déposé une plainte contre l'Etat français et la Française des jeux auprès de la Commission européenne. Quels sont les termes de ce dossier ?

P. P : Très simples. Nous dénonçons le monopole dont bénéficie la FDJ dans les jeux de hasard sur Internet, parce qu'il est contraire aux articles 82 et 86 du Traité de la Commission européenne relatifs aux abus de position dominante. En parallèle, le SCM a écrit officiellement au Premier ministre Dominique de Villepin pour qu'il annule le monopole de la FDJ qui devait se poursuivre jusqu'en 2008. Mais, si notre demande est rejetée, nous envisageons de porter l'affaire devant le Conseil d'Etat.

La problématique des monopoles d'Etat se retrouve-t-elle aussi chez nos voisins européens ?

P. P : L'Italie a réagi encore plus durement que la France, allant jusqu'à promulguer une loi en 24 heures, rendez-vous compte ! Mais la manœuvre ne manque pas de ridicule. En effet, cette loi, entre autres choses, interdisait aux moteurs de recherche de référencer les casinos et autres acteurs du jeu en ligne. Ce que les moteurs ont fait. Résultat : les noms de domaine des sites de jeux n'apparaissaient plus dans les listes de réponses puisqu'ils étaient déréférencés, mais les adresses IP, c'est-à-dire la série de chiffres pointant vers les sites en question, elles, n'ont pas disparu. De notre côté, il a suffi d'envoyer quelques e-mails à notre base de données clients pour leur communiquer cette adresse chiffrée, puis d'attendre que le buzz produise son effet et le tour fut joué ! Les internautes n'avaient plus qu'à taper directement la série chiffrée pour atterrir sur nos sites et jouer depuis l'Italie. En revanche, au Royaume-Uni, la question de notre implantation sera réglée d'ici l'été. Casinos Partouche sera opérateur de jeux sur téléphone mobile via un partenariat avec un acteur licencié qui opère sous notre marque et, cerise sur le gâteau, Eric Cantona sera l'ambassadeur de la marque Partouche au Royaume-Uni.

Par ailleurs, l'affaire n'est pas nouvelle, on vous reproche d'avoir cédé votre marque à des opérateurs étrangers domiciliés dans des paradis fiscaux… Qu'en est-il aujourd'hui ?

P. P : En effet, lorsque nous avons constaté, en 2001, que la FDJ lançait des jeux en ligne grâce à un décret accordé par ce même Etat qui nous le refusait, nous avons envisagé de nous associer à des sites souhaitant exploiter des activités de casino en ligne, et, dans la mesure où c'était pour nous le seul moyen d'aller en ligne, nous avons concédé notre licence de marque à un acteur de Belize et nous pourrions renouveler la démarche si l'Etat s'obstine à accorder à d'autres des privilèges qu'il nous refuse. Mais, en réalité, le cœur de ce problème était ailleurs. Nous avons appris par la suite que notre co-contractant de l'époque avait utilisé notre marque à notre insu pour recruter des joueurs en ligne et constituer ses propres bases de données en puisant dans les nôtres. Concrètement, il a créé des liens entre notre site Casino.partouche.com et le sien, de sorte que les internautes qui croyaient s'inscrire chez Partouche s'inscrivaient en réalité sur le site Casino770.com. Evidemment, nous avons dénoncé le détournement de marque et rompu notre contrat avec cet acteur.

Au final, cela a-t-il nui à votre image de marque ?

P. P : Au contraire ! Toute cette affaire remonte à 2002. Elle a non seulement permis de faire émerger la marque Partouche, mais elle a fait avancer le débat sur l'exploitation des casinos en ligne qui, à l'époque, était encore embryonnaire.

L'extension de vos activités en ligne entraîne-t-elle une remise en cause de votre métier?

P. P : Pas sur le plan technique en tout cas, les ressorts sont exactement les mêmes puisque le principe du jeu, c'est, depuis toujours, un algorithme du hasard. En ligne, il suffit de modéliser le hasard pour reproduire le même principe. Quant à la mission du casinotier, elle ne change pas non plus fondamentalement : il faut savoir accueillir le client, le chouchouter et faire en sorte qu'il se divertisse au maximum.

Et sur le plan du modèle économique ?

P. P : Il n'y a pas de remise en cause fondamentale parce que, normalement, ce sont les mêmes règles qui s'appliquent. Il faut savoir que nous sommes tenus de reverser 60 % de nos revenus brut à l'Etat. D'où l'intérêt, pour tous, de légaliser ce marché. La seule manière de faire avancer ce débat ne réside certainement pas dans l'interdiction, comme le prouve le cas des Etats-Unis qui ont adopté une position totalement répressive en nous interdisant l'extension sur Internet. Or, ce que nous constatons, c'est que les joueurs américains représentent aujourd'hui 40 % des enjeux en ligne au niveau mondial, c'est dire l'efficacité de cette prohibition ! D'où notre combat pour exister dans la légalité. Il faut autoriser les sites officiels à opérer sur les nouveaux supports et les doter d'un arsenal légal pour exercer, parce que seule la force de la légalité peut essouffler l'illégalité. Et mon problème aujourd'hui n'est pas de savoir combien de chiffre d'affaires je vais dégager du on line, mais si je serai présent sur ce canal de manière légale et de façon pérenne. Tout le monde a intérêt à faciliter le développement de ce type de services sur Internet. Or, nous sommes actuellement dans une zone de non droit entretenue, en France, par la FDJ qui considère qu'une législation va poser problème à ses activités. C'est de la pure hypocrisie, a fortiori quand on sait que, au final, tout le monde serait gagnant !

Existe-il des différences fondamentales entre les joueurs en ligne et ceux qui fréquentent vos casinos en dur ?

P. P : Pas vraiment. Le comportement du joueur est identique, en ligne ou ailleurs. Quel que soit le secteur d'activité qui se décline en ligne, on s'aperçoit au final que ce qui intéresse le client, c'est le palpable, le réel. Ce qui n'est pas nécessairement le cas pour le jeu, parce que nous savons que des milliers de gens hésiteront toujours à se rendre dans un casino physique pour tout un tas de raisons qui n'ont rien à voir avec l'attrait pour le jeu. Rien de tout cela en ligne où ces freins n'existent plus. D'où l'intérêt, pour Partouche, d'assurer sa présence sur ce canal parce que tous ces joueurs initiés en ligne finiront, tôt ou tard, par franchir le seuil d'un casino réel.

Internet comme simple canal de recrutement pour vos casinos ?

P. P : Plutôt comme alternative. En attendant la prochaine génération. Je crois en effet qu'il y a une sorte de fenêtre de tir générationnelle et que les joueurs de ma génération qui n'ont pas été élevés au on line conservent le réflexe du mortar. Dans le domaine des jeux, cela veut dire qu'il y a tendance à préférer le casino réel au casino virtuel. Mais je suis convaincu que ça ne durera pas. J'ai deux filles de 14 et 16 ans et je m'aperçois qu'elles n'ont pas besoin de se rassurer en passant par le mortar. Au contraire, elles se fichent de consommer réel ou virtuel ; le choix n'est dicté que par les avantages qu'elles trouvent sur un canal plutôt qu'un autre. Ce qui ne veut absolument pas dire que les casinos réels disparaîtront à mesure que les casinos en ligne se développeront parce que, en ligne ou ailleurs, le service répond au même besoin. En fait, personne n'a encore rien inventé en ligne qui n'existait pas déjà dans le cerveau humain.

Vous venez tout juste de lancer une filiale interactive. Quelles ambitions sont à l'origine de ce projet ?

P. P : Partouche Interactive est une filiale qui regroupe toutes nos activités actuelles et futures en ligne ou sur tout autre support numérique. Mais sa création répond aussi à un besoin de clarification de notre structure. Partouche est un groupe coté en Bourse et le moment était venu d'afficher nos activités de façon claire et cohérente tout en réaffirmant notre ambition sur l'ensemble de canaux où nous serons présents. La structure est dirigée par Frédéric Vinzia, qui vient de nous rejoindre et a fait ses classes chez Canal Plus et MCM.

Projetez-vous de décliner vos activités sur la télévision interactive ?

P. P : Effectivement, puisque nous n'avons pas l'intention de nous contenter du Web. Le but, pour Partouche, c'est d'être un opérateur majeur sur tous les supports numériques parce que le développement de Partouche passera par tous les supports où peut exister la demande des joueurs. Voilà pourquoi il est important pour nous de maîtriser les technologies et voilà pourquoi nous venons de prendre 30 % des parts de Quedesjeux.com.

Pourquoi vous associer avec un acteur des jeux marketing ?

P. P : Parce que, le moment venu, je n'aurai qu'un bouton à tourner pour transformer ces jeux marketing en CashGames, en France ou ailleurs.

Chiffres-clés

Chiffre d'affaires 2005 : 455,8 ME (+ 0,7 % vs 2004). Résultat net : 6,9 ME. Effectif : 6 182 personnes. Budget communication annuel : 8 ME. Patrick Partouche, fils d'Isidore Partouche, est le président du directoire du groupe Partouche.

Dates-clés

1973 : création du groupe par Isidore Partouche suite à la reprise d'un premier casino, le Saint-Amand-les-Eaux. De 1973 à ce jour, le groupe procède à une série de rachats, créations de casinos et prises de participations. 1991 : autorisation d'exploiter les machines à sous. 1998 : le groupe Partouche passe au premier marché de la Bourse de Paris. 2002 : suite à une OPA victorieuse sur la Compagnie Européenne de casinos, 22 casinos dont 4 à l'étranger, rejoignent le groupe. 2005 : rachat du groupe Divonne (5 casinos). 2006 : création de Partouche Interactive.

 
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Nathalie Carmeni

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