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Il est important que les collaborateurs participent à la transition de l'entreprise

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Électro Dépôt a entamé un virage écologique il y a plusieurs mois. Un engagement permettant « d'assurer la pérennité de l'entreprise dans la prochaine décennie », indique Stéphane Belot, depuis février 2020 directeur de la transition écologique et sociétale de l'enseigne de magasins multimédia et d'électroménagers. Comment embarquer les collaborateurs dans cette transformation ?

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Électro Dépôt ambitionne de transformer la société pour réduire notamment ses impacts. Pourquoi avoir cette intention d'engager les collaborateurs ? Quel est l'objectif ?

Nous sommes convaincus que, pour réussir une transformation en profondeur, il faut que le projet soit partagé par toutes les équipes. Il faut qu'elles se l'approprient. Car, si la transition n'est l'affaire que d'un service, alors le reste de l'entreprise continuera business as usual. Et cela ne marchera pas. Cela ne suffit pas d'informer les collaborateurs des changements en cours au sein du groupe. Il est nécessaire que les collaborateurs deviennent acteurs de cette transformation, et se mobilisent.

A votre avis, que se passerait-il si cela n'était pas le cas, si les collaborateurs n'étaient pas associés à cette aventure ?

La bifurcation serait beaucoup plus lente, plus compliquée à mettre en place. Cela nécessiterait de les remplacer, de faire à leur place. 90 % des émissions carbone de l'entreprise viennent de la production des produits vendus. Ainsi convient-il d'agir à ce niveau. Forcément avec le concours des équipes chargées de la construction de notre offre produits. Sans elles, ce serait moins efficace. Toujours est-il que les collaborateurs sont embarqués dans la transition, et les équipes « achat » présentent des produits de plus en plus respectueux de l'environnement.

Qu'est ce que les collaborateurs apportent concrètement ?

Nous sommes 2 000 collaborateurs, ça fait beaucoup d'idées. L'intelligence collective est impressionnante. Les magasins, en France, en Belgique et en Espagne, trouvent des astuces, lancent des initiatives ici ou là. Par exemple, je pense à un magasin qui a rencontré une association récupérant les capsules de café usagées. Du coup, cela l'a incité à mettre en place une collecte... en 8 jours. A Charleville-Mezières, le directeur trouvait aberrant de jeter les cartons de grande taille, car il pensait pouvoir les réutiliser. Il a acheté une machine matelasseuse pour broyer la matière et lui donner une seconde vie. Désormais, c'est mis dans des cartons d'envoi, et cela remplace le papier bulle ou kraft à chiffonner. Résultat : il réalise des économies, limite les déchets, et c'est un gain de CO2.

Embarquer les collaborateurs a du sens pour l'entreprise. Pourquoi ?

L'entreprise ne se cache pas : au-delà d'un engagement pour le climat et la biodiversité, c'est aussi un choix pour assurer sa pérennité économique. Sans cette transformation, l'entreprise ne pourra plus exister, j'en suis persuadé. D'abord, nous aurons du mal à embaucher... Les chargés de recrutement l'observent. Avant, les questions lors des entretiens portaient sur le salaire, le télétravail, les responsabilités. Celles-ci n'ont pas disparu, bien sûr, mais, de plus en plus, les postulants, notamment les jeunes, interrogent l'entreprise sur ses engagements, ses initiatives pour la planète, ses ambitions sur le volet social, telles que l'inclusion. Les postulants veulent être certains qu'ils partagent avec l'entreprise les mêmes valeurs. Nous restons des commerçants, mais nous pouvons en effet changer notre façon de travailler, et revoir nos habitudes. Nous avons un devoir citoyen, et un vouloir commercial, c'est une décision stratégique de repositionner le business model, les deux sont liés.

Ensuite, la prise de conscience vient de partout : des collaborateurs, des citoyens, des clients, de plus en plus exigeants, et des pouvoirs publics. Il y a de plus en plus de pressions réglementaires : les entreprises seront de plus en plus pénalisées si elles ne bougent pas. Enfin, les associations veilleront à nous rappeler à l'ordre sur la réparabilité des produits, sur la consommation de déchets, sur les conditions de travail des fournisseurs, etc.

Comment faire pour que les collaborateurs soient sur la même longueur d'onde que l'entreprise ? Cela passe par la Fresque du climat, en particulier ?

Oui c'est vrai. Nous sommes deux à avoir été agréé « formateur Fresque du climat » fin 2020. Nous avons découvert ce formidable outil pédagogique qu'est la Fresque du Climat grâce à l'association Acts and Facts qui regroupe les entreprises du groupe Mulliez (Auchan, Décathlon, Leroy-Merlin...) autour des enjeux écologiques. Ce sont des ateliers de deux heures par groupe de 4 à 5 personnes, qui permettent de mieux comprendre le changement climatique, l'urgence dans laquelle nous nous trouvons. Il convient d'embarquer tout le monde, peu importe leur degré de prise de conscience. Tous les collaborateurs sont censés être alignés sur les enjeux du changement climatique.

A chaque séance, nous prenons un temps supplémentaire pour évoquer le rôle de l'entreprise, ses engagements en matière de RSE. Électro Dépôt n'est pas là pour porter un jugement sur les comportements individuels, que ce soit la consommation de viande ou l'utilisation de l'avion. En revanche, nous essayons d'embarquer les collaborateurs sur leur temps de travail. Nous avons déjà formé 350 collaborateurs, 100 % des équipes du Campus (siège social à Faches-Thumesnil, près de Lille) et 100% des directeurs de magasin dans les régions en France. Nous le ferons bientôt en Belgique, en français et en flamand. Aujourd'hui, 7 autres collaborateurs se sont formés, à leur initiative, pour diffuser cet atelier à toutes les équipes.

Désormais, tous les nouveaux collaborateurs auront droit à un atelier de la Fresque du climat. Cela fera partie du programme de formation à la suite de leur embauche. En outre, nous formerons ce que nous appelons les ambassadeurs EOS (empower organisations to sustainability), ou RSE. Il s'agit d'une personne volontaire (pas forcément un.e directeur.trice) qui fera le lien entre les équipes sur le terrain et l'entreprise.

D'autres initiatives ont été mises en place, comme la participation au World CleanUp Day...

On a commencé, il y a deux ans. Au départ, deux magasins ont participé en nettoyant les environs. Cette année, nous aimerions que 50 commerces rejoignent l'aventure et organisent une séance de nettoyage collective. Cela permet de sensibiliser les collaborateurs, qui se lancent des défis entre eux, notamment, et d'intégrer les clients, qui sont invités à participer au nettoyage citoyen.

Et vous soutenez également des associations locales...

Nous avons décidé de donner une journée de libre par an aux collaborateurs afin qu'ils puissent se lancer dans une activité de bénévolat au sein d'une association locale. Les actions sont multiples : nettoyer les plages, mais aussi distribuer des repas aux Restos du coeur, ou aider les personnes âgées sur l'enjeu du numérique... Le volet Solidarité est important aussi.

Chaque magasin peut parrainer une association, qu'il soutient financièrement (2 000 euros pour chacun des 85 magasins de l'enseigne). Par exemple, à Strasbourg, les équipes aident une association qui distribue des repas à des SDF. Nous avons donné des appareils neufs.

Après le début du conflit en Ukraine, nous avons proposé aux clients de faire des dons à leurs passages en caisse. En quelques semaines, nous avons récolté 160 000 euros en compagnie de Boulanger. Un montant que nous avons doublé au profit du Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies. La somme a servi à aider les réfugiés ukrainiens, notamment dans les camps d'accueil en Pologne. En second lieu, on aide mairies et associations à accueillir des familles en fournissant des appareils dans les logements mis à disposition, comme des réfrigérateurs ou des micro-ondes. Nous nous sommes engagés à aider 250 foyers.

Vous entendez sensibiliser les clients également...

L'engagement de l'entreprise permet en effet d'avoir une influence sur le comportement des consommateurs, à qui nous essayons d'apporter des informations. Notamment via une série de vidéos visant à promouvoir les écogestes de 30 secondes. Des clips pour leur montrer comment prolonger la durée de vie de leurs produits. C'est intéressant pour les clients, il pourra utiliser plus longtemps ses appareils, il fera des économies, consommera moins d'électricité, c'est bon pour la Terre. Et, ainsi, il pourra avoir confiance en l'entreprise, dans la mesure où elle lui permet de trouver des solutions.

Le rôle de l'entreprise c'est justement de passer des messages. Nous travaillons sur une nouvelle raison d'être, et c'est ce que nous voulons valoriser. Il est de notre devoir de promouvoir un usage plus frugal et raisonné. Faire en sorte que dans le monde la production et la consommation de produits que nous vendons soient plus durables. Notre ambition est de faire en sorte que... 30 % du chiffre d'affaires soient réalisés grâce à l'économie circulaire. La transition ne peut s'effectuer que via l'écoconception accrue des produits neufs. Donc nous pensons proposer de la location de produits, nous souhaitons racheter les appareils des clients qui traînent au fond des tiroirs.

Le virage vert d'Électro Dépôt est-il de nature à motiver les collaborateurs et à faire en sorte qu'ils aient ce sentiment d'appartenir à un même ensemble ?

Oui, je sens que les collaborateurs sont fiers de participer à cette métamorphose. Cela renforce le sentiment d'appartenance. Lors de notre convention d'Électro Dépôt à Roubaix, les 4 et 5 mai dernier qui a réuni 500 collaborateurs, on l'a noté. On a invité des start-up expertes en économie circulaire, mais aussi Simon Bernard, le fondateur de Plastic Odyssey, que l'on soutient financièrement pendant trois ans. Ce bateau fait le tour du monde pour déployer des solutions de recyclage pour limiter la pollution dans les océans, et les collaborateurs ont apprécié son témoignage.

Est-ce important pour Électro Dépôt de mesurer les progrès ?

On vient d'être labellisé Positive worplace. J'aime bien pouvoir mesurer les progrès en matière de RSE. L'idée a été de solliciter un cabinet de conseil spécialisé en RSE pour qu'il puisse voir où nous nous situons, identifier par exemple s'il y a des retards par rapport à nos engagements. 50 % de la note s'effectue à partir d'un audit, il y a 170 questions, au sujet de la parité femmes-hommes, du tri des déchets, de la part des énergies renouvelables, etc. L'autre moitié des points se récoltent grâce aux réponses à un questionnaire envoyé aux clients, aux collaborateurs et aux fournisseurs. Nous avons obtenu la note de 69/100, a priori la 2e meilleure note, ce qui tend à démontrer ce que nous avons réussi à atteindre en deux ans. Mais ce n'est qu'une étape. Nous souhaitons aller plus loin. C'est le début de l'histoire.

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