[Tribune] L'initiation de paiement, un nouvel atout à la disposition des commerçants

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[Tribune] L'initiation de paiement, un nouvel atout à la disposition des commerçants

L'initiation de paiement repose sur le virement bancaire et expose les e-marchands à un risque de fraude limité, selon Isabelle Clairac, directrice générale adjointe de Market Pay, en charge des produits, solutions et opérations.

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En 2019, la fraude aux transactions scripturales a représenté en France un montant total de 1,182 milliard d'euros pour près de 7,5 millions de transactions frauduleuses. Des chiffres respectivement en hausse de 13% et de 11% en un an(1). Un seul chiffre donne une idée de l'écart qui sépare les moyens de paiement les plus attaqués: en 2019, 1 euro était fraudé pour 1510 euros dépensés par chèque. Ce rapport était de 1 euro pour 160000 euros dépensés en ce qui concerne le virement.

Un argument de poids en faveur de l'initiation de paiement (ou paiement par compte bancaire) qui repose en effet sur le virement (qu'il soit standard ou instantané) tout en facilitant grandement son parcours et donc son adoption par les clients. Si les barrières à l'adoption tombent -la règlementation, les banques et les acteurs du paiement sont prêts- l'initiation de paiement est encore peu utilisée par les commerçants. Un état de fait qui s'explique notamment par la méconnaissance qui entoure ce nouveau moyen de paiement.

Un manque historique d'agilité du virement, aujourd'hui balayé grâce à l'initiation de paiement

Le déficit d'image dont souffrait le virement est bien connu des retailers. Et compréhensible! Depuis ses débuts, virement rime avec complexité alors que le parcours client est un élément clé du taux de transformation d'achat. En effet, pour régler un commerçant par virement, le parcours est long et source d'erreurs: il nécessite que l'acheteur quitte le site commerçant, aille sur son espace bancaire, déclare le commerçant en tant que bénéficiaire en renseignant l'IBAN de ce dernier, attende la validation de ce nouveau bénéficiaire (délai plus ou moins long selon les banques) et saisisse le virement à destination du commerçant, tout cela sans se tromper sur le montant ni sur la référence de la commande qu'il doit également saisir (et qui permettra au commerçant d'identifier le paiement).

Puis, dans un délai pouvant aller jusqu'à trois jours, le virement est crédité sur le compte du commerçant. Alors seulement, le client peut espérer recevoir son achat, s'il n'a pas abandonné en cours de route et pour peu que le commerçant ait suffisamment d'informations dans son back-office pour raccrocher les commandes des clients aux virements qu'il reçoit.

Ce parcours long et chaotique ne correspond pas aux expériences d'achat réclamées par les consommateurs. Bonne nouvelle pour les deux parties: l'initiation de paiement vient gommer ces défauts. Encore faut-il en être conscient.

Pour le consommateur, le parcours est grandement simplifié et sans rupture puisque tout se déroule durant l'acte d'achat. Il identifie sa banque puis est redirigé sur son espace bancaire avec le contexte d'achat. Il ne lui reste qu'à valider le virement après s'être authentifié et avoir acquitté le contrôle de sécurité de sa banque. Il est ensuite automatiquement redirigé vers le site du commerçant, sans aucune autre action de sa part.

Pour le commerçant, l'initiation de paiement est surtout synonyme de meilleur taux de conversion. Elle permet d'encaisser des montants importants sans se heurter aux plafonds cartes (le plafond réglementaire pour un virement instantané est de 100000 euros). Autre avantage essentiel, l'initiation de paiement simplifie le rapprochement entre le virement et la commande, puisque le numéro de commande est automatiquement inscrit dans l'ordre de virement, accessible via le back office.

Enfin, le paiement est garanti, irrévocable et sécurisé. Le commerçant reçoit les fonds directement sur son compte en banque, en quelques secondes par virement instantané, ou quelques jours s'il privilégie le virement standard. Voilà pour l'aspect pratique. Mais le paiement par compte cache aussi de réels atouts qui permettent d'en faire un moyen de paiement de confiance pour toutes les parties.

A l'heure actuelle, le virement est le moyen de paiement le plus sûr

Par nature, le virement est intrinsèquement peu fraudé. Une caractéristique propre au parcours même du paiement, très sécurisé. La banque garantit cette sécurité en demandant au client, dans son propre écosystème, son consentement pour l'exécution du virement et en soumettant la validation du paiement à des règles de sécurité strictes. Ce processus ne laisse que très peu de chance de voir la transaction hackée.

De plus, l'initiation de paiement peut faire valoir plusieurs éléments de confiance. Pour le commerçant d'abord, qui bénéficie d'un paiement irrévocable et peut être rassuré quant à la fiabilité du processus, strictement contrôlé par l'ACPR. Pour le client ensuite, car l'irrévocabilité du paiement n'empêche pas qu'il reste protégé par les CGV du commerçant et le droit de la consommation.

Finalement, la question n'est pas de savoir si ce moyen de paiement sera adopté, mais quand et comment il le sera. La réglementation est prête, les acteurs et les banques également. Le facteur clé d'une adoption très large reste la démocratisation du virement instantané, encore peu utilisé mais en forte progression. Quoiqu'il en soit, les retailers auraient tort de ne pas s'y intéresser dès maintenant, pour bénéficier sans plus attendre des avantages de l'initiation de paiement qui sont, eux, déjà très clairs.

(1) Source: rapport annuel 2019 de l'observatoire de la sécurité des moyens de paiement

L'auteur

Après 11 ans dans le conseil en transformation IT, Isabelle Clairac rejoint le groupe Carrefour en 2005 au sein de la DSI. Elle y prend en charge les programmes de transformation de fidélité et de parcours client avant d'être nommée DSI de Carrefour Banque en 2010, où elle définira et pilotera la stratégie IT à long terme et son développement pan-européen.Aujourd'hui, Isabelle Clairac est directrice générale de Market Pay, plateforme de paiement européenne pour le retail, où elle apporte sa vision transverse des paiements au sein d'un grand retailer, sa vision 360 du client et sa solide expérience des stratégies IT. Isabelle est présidente du payments systems committee de l'EuroCommerce, et représente les commerçants à l'ECSG (European Cards Stakeholders Group). Elle est ingénieur informatique, diplômée de l'Ecole supérieure d'informatique, électronique et automatique (ESIEA) ainsi que d'un master en Business consulting de l'ESCP.



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