[Tribune] L'avenir de l'e-commerce en Afrique : simple mirage ?

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[Tribune] L'avenir de l'e-commerce en Afrique : simple mirage ?

L'e-commerce continue de gagner du terrain à travers le monde, et l'Afrique n'y échappe pas. Cependant, si l'on souhaite que les prédictions intéressantes pour ce marché se concrétisent, il est capital que l'Afrique s'adresse aux problématiques qui entravent l'essor de l'e-commerce.

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Les chiffres sont là et parlent d'eux-mêmes : l'Afrique veut avidement adopter l'e-commerce. Certes, les pays africains ne sont pas les premiers sur le classement mondial, mais petit à petit, la fièvre des achats en ligne gagne du terrain. Ainsi, selon un rapport de Statista, l'e-commerce en Afrique était évalué à 16,5 milliards de dollars en 2017. Selon le cabinet McKinsey, cette valeur pourrait arriver à 75 milliards de dollars d'ici 2025.

Il est vrai que ces chiffres sont plutôt optimistes et aguicheurs, néanmoins l'e-commerce en Afrique est aujourd'hui loin d'être un filon d'or. De nombreux problèmes doivent être résolus avant que la présence du commerce en ligne puisse atteindre ces prédictions et les dépasser. Il suffit de voir le classement de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement) pour comprendre la situation. Ce classement s'appuie sur quatre indicateurs : le pourcentage de la population utilisant internet, le pourcentage de la population ayant accès à un compte bancaire, la note attribuée à la sécurité des serveurs et la note attribuée à la fiabilité des services postaux. Maurice, le Nigeria et l'Afrique du Sud sont les pays d'Afrique avec les meilleures notes, bien qu'au bas du classement.

La logistique, le maillon faible

Il y a de nombreux obstacles à la progression de l'e-commerce à tous les niveaux du processus d'achat. Tout commence évidemment avec l'accès Internet. Selon une étude du cabinet Deloitte en 2016, 20% seulement des Africains aurait un accès Internet. Cette pénétration, quoiqu'en augmentation graduelle, nécessite tout de même d'être améliorée, tant au niveau du coût d'utilisation que la rapidité des connexions elles-mêmes.

Cependant, les Africains font difficilement confiance au commerce en ligne. En cause, l'incertitude quant à la réception des articles commandés. Ce dernier point ramène quant à lui aux problèmes logistiques. En Afrique, l'adressage physique est souvent approximatif dès lors que vous vous éloignez des grandes villes et les services postaux n'ont pas toujours une grande fiabilité. Sans oublier la problématique du coût lié aux connexions transfrontalières qui ralentissent d'avantage l'acheminement des produits commandés.

Le paiement, sujet clé

La question du paiement est aussi un sujet clé. Pour l'instant, le paiement en espèce à la livraison prédomine le marché africain : 90% des achats en lignes sont réglés en cash lors de la livraison. Un moyen pour les consommateurs d'être rassurés de la réception de leur commande. Mais au-delà de cette confiance, c'est aussi le mode de paiement le plus répandu à travers le continent. L'Afrique possède actuellement un faible taux de bancarisation avec seulement 10 à 15% de sa population ayant accès à un compte bancaire. Or, la plupart des services des plateformes de commerce en ligne (à l'international surtout) requièrent un compte bancaire.

Ces difficultés ont pour autant encouragé la mise en place de solutions pour contourner ces problématiques, comme l'accès à des smartphones à un prix abordable. Certains géants du Web, tels que Google et Facebook, ont mis au point des applications dites Lite ou encore des pages web plus légères, qui consomment moins de bande passante afin de rendre l'accès internet moins cher. Les plateformes en ligne ont également accepté le paiement mobile comme mode de paiement. Il est évident que le m-commerce aide au développement de l'e-commerce en Afrique.

Pour que la présence du commerce en ligne puisse s'affirmer, l'Afrique doit d'abord faire face aux problématiques qui persistent en y remédiant ou en les contournant. Certes, le développement des infrastructures, comme la téléphonie et l'internet mobile, ou encore la logistique, avec l'adressage physique et la fiabilité postale sont des points à améliorer au plus vite. La mise en place de lois pour protéger les données privées et les droits des consommateurs doivent être également des priorités.

Il y a aussi un autre point à ne pas perdre de vue : nous assistons à l'émergence d'une classe moyenne. Le potentiel, pour un essor marquant, et surtout, durable, est là. Il est maintenant de la responsabilité de tous les acteurs de ce secteur, de tout mettre en oeuvre pour que l'Afrique puisse profiter de cet outil incontournable.


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Nicolas Goldstein, co-fondateur de Talenteum.africa

Martine Fuxa,<br/>rédactrice en chef Martine Fuxa,
rédactrice en chef

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