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Le moral des ménages européens impacté par la crise sanitaire

Publié par Dalila Bouaziz le - mis à jour à
Le moral des ménages européens impacté par la crise sanitaire
© Thibault - stock.adobe.com

Le moral des ménages européens se révèle globalement impacté par la crise (-0,7 point), même si ce ressenti est moindre au niveau individuel (-0,3 pt). Les Français se situent parmi les plus pessimistes avec une note de 4,4/10.

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Sans surprise, il s'avère que la crise sanitaire a fortement impacté le moral des ménages européens, globalement en net recul par rapport à 2020, indique l'Observatoire Cetelem de la consommation. Le ressenti collectif est bien plus négatif - partout en Europe - que le ressenti individuel : respectivement -0,7 et -0,3 point. Les Français, peut-être par défiance vis-à-vis des pouvoirs publics et/ou conséquence du choix de protéger la santé avant l'économie, comptent parmi les plus pessimistes sur la situation de leur pays avec une note de 4,4/10 (-0,9 pt), contrairement à l'appréciation de leur situation personnelle au-dessus de la moyenne des 15 pays étudiés (5,9 vs. 5,7).

En Europe, le sentiment dominant est celui d'une stagnation du pouvoir d'achat (46%).

Derrière ce chiffre se dessinent pourtant des disparités particulièrement fortes, puisque les pays d'Europe centrale perçoivent une baisse généralisée, à l'inverse des pays nordiques. Relevons la position singulière des Français dont près de la moitié estimaient en 2019 que leur pouvoir d'achat était en baisse, et qui ne sont plus que 35% à le considérer.

Le corollaire de cette évolution est naturellement, et presque mécaniquement le retour à des principes de précaution individuelle avec une augmentation des niveaux d'épargne. 54% des Européens affirment en effet vouloir accroître celle-ci (+3 pts). Une prudence également de mise en France où les intentions d'épargne grimpent à 40% (+5 pts).

Une consommation raisonnée

Les Européens sont partagés sur leur envie de dépenser ou non (52% vs 48%). Si l'offre comme les possibilités de dépenser ont été restreintes, force est surtout de constater qu'une consommation raisonnée est à l'ordre du jour, puisque 26% des Européens déclarent ne pas vouloir consommer alors qu'ils en ont les moyens.

Principal effet de la crise, les dépenses anticipées en matière de voyages et loisirs sont en forte baisse (-13 pts). Un transfert qui se fait essentiellement à l'avantage des services numériques, en forte progression : abonnement à des plateformes de streaming (+5 pts), consoles de jeux (+5 pts), équipement informatique (+2 pts). D'autre postes retiennent l'attention avec un peu moins d'1/4 des Européens (21%) qui envisagent l'achat d'un vélo ou l'achat d'un bien immobilier (15%, +1 pt).

Le sans contact s'impose

Pour près de la moitié des Européens (46%), la "vie sans contact" est symbolisée par la crise de la Covid-19, devant le paiement sans contact (37%), les communications virtuelles (35%) ou le télétravail (33%). Une perception particulièrement élevée chez les Portugais (62%), les Italiens (60%) et les Espagnols (52%). Les Français, après la crise sanitaire (47%), placent le télétravail en 2e position (39%) devant le paiement sans contact (35%).

La vie sans contact suscite des sentiments mitigés, avec une prédominance nette d'émotions négatives : près des trois quarts des Européens (73%) citent au moins un terme négatif pour la qualifier, notamment la solitude (43%), terme cité en premier dans l'ensemble des pays excepté la Hongrie. Notons cependant que 58% des Européens mobilisent aussi des termes positifs comme la praticité (20%) et la facilité (17%). Les Français et les Roumains (81%) sont ceux qui portent le regard le plus sévère sur la vie sans contact, suivis de près par les Espagnols et les Belges (80%) et les Italiens (79%).

La crise sanitaire, accélérateur du mode de vie sans contact

L'antériorité des pratiques sans contact est avérée pour près des trois quarts des Européens (73%), qui considèrent que celles-ci préexistaient à la crise. C'est dans les pays du Nord que cette opinion est la plus soutenue. Les Britanniques, les Suédois et les Allemands sont les plus nombreux à l'affirmer (88%, 82% et 79%). À l'opposé, Espagnols et Portugais ne sont qu'une petite majorité à valider (56%) ce point de vue. Français et Italiens se positionnent dans la moyenne avec respectivement 74% et 72%.

N'en reste pas moins que près de 4 Européens sur 10 (39%) jugent le rôle d'accélérateur des pratiques sans contact sous l'effet de la crise sanitaire. Celle-ci aurait même joué un rôle de révélateur pour certains pays latins comme l'Espagne, le Portugal et la Roumanie.

Le sans contact au quotidien ne fait pas l'unanimité

8 Européens sur 10 ont le sentiment que les pratiques sans contact font désormais partie de leur quotidien. Si ce sentiment est plutôt partagé de façon homogène, son acceptabilité peut varier selon les zones géographiques. Une forte majorité (60%) vit en effet cette nouvelle donne comme une contrainte, sensiblement en Roumanie (79%) et Bulgarie (72%), la France se situant aussi au-dessus de la moyenne avec 69%. Le niveau d'acceptabilité varie aussi en fonction de l'âge et du niveau de revenus : les jeunes et les foyers aux revenus supérieurs l'acceptent plus facilement (45 % pour les 18-24 ans, 46 % pour les 25-34 ans) à l'opposé des seniors et des foyers aux revenus modestes (65 % pour les 50-64 ans, 63 % pour les 65 et plus).

Au final, moins de la majorité des Européens (45%) apprécient ces évolutions des pratiques sans contact avec, une fois encore, un engouement plus prononcé du côté des pays nordiques, du Royaume-Uni (56%) et de l'Allemagne (52%), mais aussi de l'Espagne (55%). Les Français quant à eux, font partie du pool de pays - avec la Belgique, la Pologne, la Slovaquie et la Bulgarie - les plus sceptiques, à 37% d'adhésion.

Une évolution aux bénéfices reconnus

L'environnement s'impose comme principal bénéficiaire de l'évolution vers un mode de vie sans contact (54%), devançant largement les individus ainsi que la société en général (29% chacun). La sécurité sanitaire et la santé profitent également de ce changement majeur (44%), tandis que la conviction des Européens est nettement moins affirmée en ce qui concerne les liens familiaux (27%) ou les relations amoureuses (18%).

Les relations humaines restent le talon d'Achille du sans contact : les trois quarts des sondés jugent que celui-ci les dégrade. Dans des proportions élevées dans les pays d'Europe centrale (+6 à 9pts par rapport à la moyenne), un avis moindrement partagé au Royaume-Uni (66%) et en Allemagne (67%). Entre les deux, les pays latins, dont la France (77%), affichent des opinions plus proches de la moyenne européenne. Cette mise à distance est source d'insatisfaction puisque seulement 44% des Européens estiment que ce type de relations fonctionne bien.

Télétravail et télémédecine

Le télétravail s'est imposé à bon nombre d'actifs. Et si certains pays comme la Suède ou le Royaume-Uni avaient cette pratique déjà bien installée avant la crise, d'autres comme l'Espagne ou l'Italie en étaient moins férus. Pas étonnant donc de retrouver les deux premiers cités (respectivement 79% et 72%) nettement au-dessus de la moyenne : 67%. Cela l'est plus au regard de l'enthousiasme de l'Espagne et du Portugal (73% pour chacun), où il s'agit davantage d'une nouveauté. À choisir, 41% des actifs interrogés privilégieraient un fonctionnement hybride, soit travailler alternativement sur leur lieu de travail et depuis chez eux. Les actifs français plébiscitent à 43% le travail exclusivement au bureau, 39% en partage bureau et domicile et presque 1 sur 5 (18%) uniquement en télétravail.

Les Européens sont aussi 45% à estimer que la télémédecine fonctionne bien avec cependant des disparités fortes entre pays. La fracture est nette entre les pays nordiques, ainsi que la France (53%), qui la jugent avec bienveillance, et les pays d'Europe centrale qui sont beaucoup plus critiques. La Bulgarie affiche ainsi seulement 17% d'opinions positives. Cette pratique pourrait s'amplifier dans les années à venir, puisque près de 6 Européens sur 10 déclarent l'avoir déjà essayée ou être tenté de le faire. Les Français, eux, sont parmi les plus rétifs à franchir le pas (54%).

Demain, notre vie sans contact ?

8 Européens sur 10 anticipent une société à 10 ans qui fera de plus en plus de place au sans contact. Une vision partagée par presque tous, excepté par la Roumanie en léger retrait (72%).

Mais est-ce pour autant un futur désirable ? Entre les facilités pratiques de la vie sans contact et les frustrations sociales qu'elle engendre, les Européens se montrent plus indécis sur leur souhait de voir ce mode de vie se développer, avec une courte majorité (53%) se disant pour. Les plus réticents à cette évolution sont les Roumains, les Bulgares, les Italiens et les Français (44%, 45%, 45% et 47%). Les Espagnols s'y projettent les plus positivement (63%), de même que les Britanniques (60%).

Acteurs de cette société sans contact en marche, les entreprises et les citoyens obtiennent la confiance des Européens pour accompagner ces nouveaux modes de vie (61% dans les deux cas), devant les collectivités locales et les pouvoirs publics (57% et 54% respectivement).

Méthodologie :

Les terrains de l'enquête consommateurs quantitative ont été conduits par Harris Interactive du 27 novembre au 8 décembre 2020 dans 15 pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, France, Hongrie, Italie, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie et Suède. Au total, 14 200 individus ont été interrogés en ligne (mode de recueil CAWI). Ces individus âgés de 18 à 75 ans sont issus d'échantillons nationaux représentatifs de chaque pays. La représentativité de l'échantillon est assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, région d'habitation et niveau de revenus/CSP). 3 000 interviews ont été réalisées en France et 800 dans chacun des autres pays.


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